Séisme au Venezuela, qui se réveille sans président ce samedi 3 janvier. Après des semaines d’escalade, les États-Unis ont annoncé avoir capturé Nicolás Maduro dans la nuit, ainsi que son épouse Cilia Flores. La vice-présidente a indiqué «ignorer où se trouve» le couple présidentiel. Donald Trump avait, quelques jours avant Noël, prévenu son homologue qu’il serait «sage» de partir. Et de menacer : «S’il veut faire quelque chose, s’il joue les durs, ce sera la dernière fois qu’il pourra jouer les durs.»
Donald Trump a réitéré lundi ses accusations selon lesquelles le Venezuela avait fait «des choses horribles aux États-Unis» en y envoyant notamment «(des) criminels, (des) prisonniers, (des) trafiquants de drogue, (des) malades mentaux et (des) incompétents». La légitimité du président vénézuélien était surtout vivement contestée par les États-Unis. Réélu en 2024 au terme d’élections controversées, il avait succédé en 2013 à Hugo Chavez et progressivement installé un régime autoritaire et répressif.
Passer la publicitéAdoubé par Hugo Chavez
Chavez avait adoubé, peu de temps avant sa mort, ce dauphin d’une fidélité sans faille. Né dans un quartier populaire de Caracas en 1962, il milite à gauche dès ses années lycée et travaille d’abord comme conducteur de bus dans la capitale. Il y devient un puissant syndicaliste, avant de glisser naturellement vers la politique. Porté par sa proximité avec le Commandante, il connaît une ascension fulgurante, jusqu’à la présidence de l’Assemblée nationale, avant d’être nommé, en 2006, ministre des Relations extérieures.
Sa nomination, alors qu’il n’a aucune expérience en diplomatie, surprend. Mais Nicolás Maduro sait rester dans l’ombre de Chavez, se rend indispensable et organise le rapprochement avec, notamment, la Russie de Poutine. En 2012, il devient vice-président, puis président par intérim à la mort du Commandante. Il est élu de justesse en 2013, avec 50,6% des voix, et déjà son opposant Henrique Capriles dénonce des irrégularités. Il n’y aura jamais de recomptage des voix.
Nicolás Maduro doit très vite faire face à une dégradation de l’économie vénézuélienne, mise à mal par la chute de ses revenus issus du pétrole. La forte inflation provoque de vives manifestations de contestation dès 2014, et l’opposition gagne la majorité des sièges au Parlement en 2015, une première depuis la révolution. Mais le président refuse de partager le pouvoir et aggrave la crise politique. Face à la colère de son peuple, il choisit la répression. La procureure générale tente de s’opposer au virage autoritaire du régime : menacée par l’armée, elle doit fuir le pays.
Sanctions américaines
La pression internationale s’accentue. Sous le premier mandat de Donald Trump, les États-Unis prennent des sanctions contre le Venezuela : embargo sur le pétrole et le gaz, gel d’avoirs à l’étranger... Le pays s’enfonce encore dans la crise, mais Nicolás Maduro tient bon. Il renforce son contrôle sur la population à travers l’aide alimentaire.
Mais l’opposition grandit. En 2018, lors d’un défilé de la garde nationale bolivarienne, le président contesté est visé, en plein discours, par une attaque de drones. Quelques mois plus tard, les États-Unis reconnaissent la légitimité de Juan Guaidó, qui s’est autoproclamé président. Mais la tentative de coup d’État de l’opposition échoue, faute de soutien massif de l’armée, et Nicolás Maduro reste, encore.
Passer la publicitéAccusé de narcoterrorisme
Il en sort même renforcé, d’autant plus que la pression internationale s’atténue avec le retour de la gauche au pouvoir dans plusieurs pays d’Amérique latine. La guerre en Ukraine rebat les cartes de la géopolitique et pousse de nombreux pays occidentaux à assouplir leur position diplomatique face au chef d’État autoritaire... et les réserves de pétrole de son pays, devenues incontournables à l’heure des sanctions contre la Russie. En échange, Nicolás Maduro s’engage à permettre des élections libres.
Mais la répression continue contre les opposants. Les élections de 2024, à nouveau remportées de justesse avec 51,20% des voix, sont plus que jamais contestées par l’opposition et à l’international. Nicolás Maduro prête serrement en janvier 2025, quelques jours avant le retour au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis. Le président américain remettra rapidement une pression maximale sur le régime, jusqu’à parvenir à capturer le chef d’État contesté ce samedi 3 janvier. Exfiltré de son pays, le président vénézuélien devra répondre aux États-Unis d’accusations liées au trafic de drogue et au terrorisme. À Caracas, l’avenir de son régime reste encore incertain.