À l’occasion d’une visite inopinée vendredi après-midi, Lionel Tivoli, député RN des Alpes-Maritimes, a fait un point avec la direction et les syndicats sur le manque d’effectif dont souffre l’établissement pénitentiaire, mais aussi sur les activités «récréatives» des détenus.
Passer la publicité Passer la publicitéTandis que les débats se poursuivent à l’Assemblée nationale sur la loi narcotrafic, le député Rassemblement national de la 2e circonscription des Alpes-Maritimes, Lionel Tivoli, s’est rendu vendredi après-midi, au pied levé, à la maison d’arrêt de Grasse pour un tour d’horizon avec la direction et les syndicats. Avec un taux d’occupation d’environ 140%, soit 719 détenus (dont 21 mineurs) pour 574 places, la prison maralpine est en proie à une surpopulation carcérale des plus ordinaires.
Elle souffre, à revers, d’un manque de surveillants pénitentiaires. Ils sont actuellement 140 à se relayer nuit et jour, quand ils devraient être, en théorie, près de 170. Un état de fait qui risque de s’aggraver cet été puisque 27 départs sont prévus au 1er juillet. «On attend 28 sorties d’école pour pallier ce manque», justifie la directrice adjointe, Radia Benhamouda face au parlementaire. «Ça, c’est théorique. Ce chiffre correspond à l’étude de besoin mais pas aux arrivées réelles. C’est à l’arbitrage et rien n’est fait», corrigera quelques minutes plus tard Laurent Marino, délégué syndical Force ouvrière (FO), interrogé par Lionel Tivoli.
Un agent pour surveiller deux étages
La nuit, seuls huit agents assurent parfois l’intendance. Ce, alors même qu’une aile entière de la prison est réservée aux profils «difficiles». «C’est arrivé qu’un agent surveille deux étages à lui seul», assure Quentin Deveyer, du Syndicat pénitentiaire des surveillants (SPS). «Le plus difficile, c’est pendant les vacances, l’été notamment. C’est d’ailleurs pendant ces périodes que l’on a le plus d’arrêts maladies... Et malheureusement, ceux qui sont présents payent pour les absents», ajoute la directrice adjointe. En outre, les candidatures ne se bousculeraient pas au portillon. «Les agents n’arrivent pas à se loger. Il y a un vrai problème d’attractivité générale», déplore Laurent Marino.
Le député RN souhaite savoir si les promesses du ministère de la Justice, faites au lendemain de l’attaque meurtrière du fourgon pénitentiaire à Incarville, ont été tenues. Notamment en ce qui concerne la généralisation des visioconférences entre détenus et juges d’instruction. «Les “visios” ont augmenté oui, mais ce n’est pas assez. On doit parfois se battre contre des juges qui insistent pour voir un détenu physiquement l’espace de dix minutes. Or, les surveillants qui sortent avec des détenus sensibles mettent leur vie en danger», explique Radia Benhamouda. «Ce n’est pas acceptable. Il faut que ces échanges à distance soient la règle, pas l’exception», martèle le député Tivoli.
Dehors, je vois un magnifique terrain de football que beaucoup des maires de ma circonscription aimeraient bien avoir sur leur commune. Toutes ces activités récréatives me font rappeler que la prison, ce n’est pas le Club Med !
Lionel Tivoli, député de la 2e circonscription des Alpes-Maritimes
Ce dernier n’est guère plus satisfait des conditions de détention et des avantages dont certains détenus profitent. «On nous parle de concours de cuisine, de pétanque, de salle de musculation, de sortie théâtre, de baby-foot. Dehors, je vois un magnifique terrain de football que beaucoup des maires de ma circonscription aimeraient bien avoir sur leur commune. Toutes ces activités récréatives me font rappeler que la prison, ce n’est pas le Club Med !», remarque-t-il. «C’est vrai qu’on a un établissement beaucoup plus permissif qu’avant», abonde en ce sens Laurent Marino. Chaque cellule dispose aussi d’un téléphone fixe et d’une télé. Il n’y a pourtant qu’un seul agent dans toute la prison pour écouter les conversations téléphoniques. Théoriquement payant, l’accès aux chaînes télévisées est également offert aux détenus qui n’ont pas les moyens...
«J’estime qu’il n’y a pas d’activités récréatives. Je préfère que les détenus dépensent leur énergie sur le stade que sur les surveillants», riposte la directrice adjointe. Cette dernière pointe de son côté le manque de personnel soignant. «Nous n’avons qu’un généraliste à temps partiel», regrette-t-elle. «Un médecin pour 700 personnes ? C’est mieux que dans certaines communes de l’arrière-pays», balaye le parlementaire.
S’agissant de la proposition du maire de Grasse de doubler la taille de la maison d’arrêt, Lionel Tivoli se veut rassurant à l’égard des syndicats qui craignent que leur prison devienne «l’établissement de désencombrement de Nice», avec toutes les problématiques d’extraction des détenus que cela implique : «Je m’y opposerai fermement. Un agrandissement, oui, mais pour le ressort de Grasse seulement». Au terme de sa visite, Lionel Tivoli a fait savoir qu’il écrirait au garde des Sceaux, Gérald Darmanin, ainsi qu’à la direction interrégionale afin qu’elle débloque des fonds pour la sécurité des agents pénitentiaires. Enfin, il a fait savoir qu’il voterait la loi narcotrafic.