«Relais de la propagande du Kremlin» : l’ex-militaire français Xavier Moreau visé par des sanctions de l’UE

«Relais de la propagande du Kremlin» : l’ex-militaire français Xavier Moreau visé par des sanctions de l’UE

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot arrive pour assister à une table ronde du Conseil des affaires étrangères de l’UE à Bruxelles, le 15 décembre 2025. Omar Havana / REUTERS

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot annonce que douze «agents de la déstabilisation russe en Europe» seront ajoutés lundi 15 décembre à la liste noire européenne. Parmi eux, un Franco-Russe installé en Russie depuis les années 2000.

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L’Europe hausse le ton, y compris contre ses propres ressortissants. Lundi 15 décembre, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a annoncé des sanctions – prise à l’initiative de la France – à l’encontre de «douze agents de la déstabilisation russe en Europe, responsables des ingérences étrangères», dont l’ex militaire franco-russe Xavier Moreau, «relais de la propagande du Kremlin en Europe».

Depuis l’invasion russe, le quinquagénaire proche de la droite identitaire, passé par Saint-Cyr et resté cinq ans dans l’armée française, s’est imposé comme l’un des porte-voix francophones du Kremlin sur les réseaux sociaux. Sur X (ex-Twitter), son compte «Stratpol», qui «fournit des analyses politico-stratégiques et économiques», cumule plus de 110.000 abonnés. Il décline le même concept sur un site Internet, et sur les plateformes Rumble et Odysee, qui diffusent des contenus prorusses.

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Installé à Moscou depuis les années 2000, Xavier Moreau s’est reconverti dans le «conseil en sûreté des affaires» en Russie. Il intègre à l’époque une entreprise privée chargée de protéger les salariés français de Renault dans le pays. Il a obtenu la nationalité russe en 2013, et s’est fait une place de choix dans les milieux d’affaires du pays. Selon l’hebdomadaire Challenges, il a rempli, à l’invitation du comité des affaires étrangères de la Douma (Parlement russe), un rôle «d’observateur étranger» à Rostov, Donetsk et Taganrog, du 23 au 27 septembre 2022, lors des référendums d’annexion organisés par Moscou dans quatre régions ukrainiennes.

«Ce n’est pas grave, je continue»

D’après la dernière vidéo publiée sur son site Stratpol le 11 décembre, l’ancien militaire s’attendait à être sanctionné par les Européens. «Je serais susceptible d’être mis sous sanction, ce sera un prétexte pour forcer X ou Telegram à interdire mes contenus sur la zone de l’Union européenne. Équipez-vous d’un VPN. On m’a fermé mes comptes en banque, mes chaînes Youtube. Ce n’est pas grave, je continue», dit-il en s’adressant à ses abonnés, précisant qu’il est «toujours à Moscou».

Selon les déclarations du ministre des Affaires étrangères, une autre figure «responsable d’ingérences numériques en Europe» va être sanctionnée. Il s’agit de John Mark Dougan, ancien policier américain devenu hacker installé lui aussi à Moscou. Selon Jean-Noël Barrot, il serait «l’un des artisans de cette campagne que les services français de Viginum  ont dénoncée (Storm-1516) et qui a visé à plusieurs reprises le débat public français et européen». L’identité de l’un des journalistes du Figaro avait notamment été usurpée.

Le nom d’un autre européen est également cité comme faisant l’objet des sanctions. Selon le média Radio Free Europe/Radio Liberty, financé par le Congrès des États-Unis, Jacques Baud, ancien colonel de l’armée suisse, connu pour ses prises de position favorables à Poutine, serait aussi sur la liste. Il bénéficie lui aussi d’une large audience en France. Il accuse notamment régulièrement l’Occident de manipuler et de trahir l’Ukraine pour faire la guerre à la Russie – une guerre qu’il juge par avance perdue par Kiev et ses alliés. Contacté par le média suisse La Tribune de Genève, Jacques Baud indique ne pas être courant de ces possibles sanctions. «Je ne le savais pas, je n’ai pas du tout été averti», a-t-il déclaré. Davantage d’informations devraient être données à l’issue d’une table ronde du Conseil des affaires étrangères de l’UE organisée ce lundi à Bruxelles.