La lumière du projecteur rompt l’obscurité et éclaire crûment les ébats des clients du Manhattan, un club parisien fréquenté par la communauté homosexuelle. « Que personne ne bouge », hurlent des policiers déguisés façon cuir quand ils pénètrent dans la backroom du sous-sol.
« Avec les sept autres clients et le patron, j’ai été arrêté, menotté », raconte Michel Chomarat. Les sirènes du fourgon de police retentissent jusqu’au quai des Orfèvres. « On a passé la nuit à subir un interrogatoire délirant », poursuit l’homme âgé aujourd’hui de 77 ans. Un policier tape de ses deux doigts la déposition sur une vieille Olivetti alors que son collègue s’obstine à vouloir connaître dans le moindre détail ce que faisaient les uns avec les autres dans ce lieu où l’on s’adonne à une sexualité débridée.
Nous sommes en mai 1977. Michel et ses camarades d’infortune sont condamnés un an plus tard à 500 francs d’amende en première instance pour « flagrant délit d’outrage public à la pudeur ». Tous, au moment des faits, sont pourtant majeurs et consentants, à l’abri des regards. L’affaire, largement médiatisée, est emblématique de la répression alors subie par les homosexuels. Car dans cette France d’avant 1982, l’homosexualité reste un délit puni par la loi. Michel Chomorat se souvient des conséquences dramatiques de cet épisode judiciaire. « Quand...