Notre critique d’Animal totem, un monsieur Hulot tendance écolo

Notre critique d’Animal totem, un monsieur Hulot tendance écolo

Samir Guesmi, dans Animal Totem. SRAB FILMS – NO MONEY PRODUCTIONS – M141

CRITIQUE - Pour son premier film réalisé en solo, le réalisateur Benoît Delépine imagine un conte déroutant, esthétique et imparfait autour de l’écologie.

Passer la publicité Passer la publicité

Où va-t-il ? D’où vient-il ? Darius porte un costume noir et tire une valise à roulettes, à laquelle le retient une paire de menottes. Il arpente une route de campagne. De celles qui déroulent des départementales et voient leurs PMU s’envoler. Première nouvelle, Benoît Delépine n’est pas moins loufoque sans son acolyte Gustave Kervern, avec qui il a réalisé dix films et bien des sketchs pour l’émission « Groland ». Pas moins blagueur non plus, même si Animal totem ne fait qu’emprunter à la farce et dessine plutôt un conte écolo minimaliste et aérien. Delépine doit pratiquer la méditation transcendantale, et voudrait qu’on le sache.

Darius est suspect. Pas tant en raison de son inséparable valise, qui concentre l’aspect burlesque, que de son urbanité. Il sourit à tous, aux agriculteurs et aux bêtes, que le réalisateur a immortalisées avec un format panoramique. Un procédé qui plonge le spectateur au plus près de la faune. L’œil d’un cerf brille à l’écran, un faucon perce les nuages. À travers les errances du personnage principal, à qui Samir Guesmi prête sa haute silhouette et sa plasticité, on observe un monsieur Hulot au pays des écolos (pas Nicolas, l’autre). Animal totem fait aussi écho aux promenades de Toto dans Des oiseaux petits et gros (1966) de Pasolini, où ce Jacques Tati italien cause avec un corbeau.

Passer la publicité

Un message poétique

En chemin, le bonhomme multiplie les rencontres. Une activiste farfelue. Un chasseur finissant chassé (on devine la jubilation du réalisateur). Un vigile, à qui le comédien Pierre Lottin offre une stupidité cocasse. Le message se révèle poétique, amusant ou crypté. Le sens général de la quête, lui, ne fait pas de doute. Un homme providentiel, marginal sans peur et sans reproche, décide de nous sauver de notre monde capitaliste polluant. Greta Thunberg peut encore attendre dans la coulisse : Delépine ne se départ pas de son second degré. Son François d’Assise tire au fusil et joue au billard, comme un « étranger » débarquant dans une sierra mexicaine. Le combat pour l’écologie, ici, ressemble à un western.

Tout en travaillant son esthétique personnelle, le cinéaste réveille des marottes partagées avec son compère Gustave Kervern. Des personnages grotesques et tendres, une société mal intentionnée, un dynamitage en règle. C’est Yolande Moreau pourchassant son patron dans Louise-Michel (2008) ou le punk Benoît Poelvoorde terrorisant un supermarché dans Le Grand Soir (2012). Mais comme souvent chez ce duo atypique et sympathique, la mise à feu fait l’effet d’un pétard mouillé. Les séquences finales perdent en vraisemblance, sans gagner en profondeur. Un film de Delépine, c’est long, surtout vers la fin. Une pirouette voudrait que le chemin soit ce qui compte. Celui-ci, une promenade de santé chez les fêlés, se révèle revigorant. La catastrophe écologique a parfois du bon.

La note du Figaro : 2.5/4

Информация на этой странице взята из источника: https://www.lefigaro.fr/cinema/notre-critique-d-animal-totem-benoit-delepine-prie-dans-le-desert-20251209