De nombreuses revendications propalestiniennes ont entaché l’image du campus délocalisé de Sciences Po à Menton, au point de remettre en cause son maintien.
Passer la publicité Passer la publicitéLa convention entre Sciences Po et la ville de Menton (Alpes-Maritimes) a été prolongée de deux ans, mardi dernier, lors d’un vote attendu au conseil municipal dans un contexte turbulent autour de l’école. Depuis 20 ans, un campus délocalisé de l’institution parisienne s’est implanté à Menton, dans le magnifique édifice Saint-Julien, face au port. Un peu plus de 500 élèves, dont plus de la moitié d’entre eux sont de nationalités étrangères, suivent un cursus spécialisé sur la Méditerranée et le Moyen-Orient.
Mais depuis les attaques du Hamas en Israël, le 7 octobre 2023, marquant le début du conflit israélo-palestinien, des incidents ont émaillé la vie universitaire de Sciences Po Menton : manifestations, blocages, tags, déploiement d’un drapeau palestinien sur la façade du campus, organisation de conférences propalestiniennes, accusations d’antisémitisme de certains étudiants... Autant de polémiques qui ont entaché l’institution, au point que certains élus ont évoqué la suspension des financements publics, voire la fermeture du campus mentonnais.
Mise à disposition des locaux et partenariats culturels
Une nouvelle convention de deux ans, vue comme un sursis, a finalement été accordée : elle renvoie la décision d’un accord sur le plus long terme à la prochaine équipe municipale après les élections de mars 2026, a défendu l’actuel maire, Yves Juhel (Les Républicains), très affaibli politiquement entre affaire judiciaire et absence de majorité.
Cette convention comprend la mise à disposition des locaux (estimée à environ 250.000 euros) mais aussi des partenariats pour des événements culturels. «Les étudiants ont l’impression que les Mentonnais ne les aiment pas, mais nos portes sont ouvertes, ce bâtiment est aussi le vôtre», a lancé Youssef Halaoua, le directeur de Sciences Po Menton, présent lors du conseil municipal pour défendre l’intérêt de l’implantation de l’école dans la cité du citron.
«Foyer d’un radicalisme antisémite»
Le campus mentonnais est classé premier des sept collèges universitaires délocalisés de Sciences Po Paris, à l’image de Dijon, du Havre ou encore Poitiers, et rapporterait près de 4,6 millions d’euros en retombées économiques, selon une étude réalisée pour la ville. «Il est logique que Sciences Po sache sur quel pied danser pour la rentrée. C’est un sujet important et tous ceux qui auront à se présenter feront connaître leur position sur Sciences Po Menton», a expliqué le maire Yves Juhel.
Les élus affiliés au Rassemblement national ont voté contre cette convention, dans la lignée de leur députée Alexandra Masson, pressentie pour être candidate aux prochaines élections municipales. Le 25 mai, elle dénonçait «un campus hors de contrôle» après des affichages en soutien à Georges Ibrahim Abdallah, un militant terroriste d’extrême gauche condamné à perpétuité pour complicité dans un double assassinat en France d’un attaché militaire américain et d’un diplomate israélien.
Sciences Po se plaît à Menton, mais l’idée est d’être là où il est désiré
La direction de Sciences Po
«Trop c’est trop ! Sciences Po, qui occupe des locaux de la ville à titre gracieux, est devenu un foyer d’un radicalisme antisémite qui fait honte à Menton et à ses habitants», étayait la parlementaire dans un communiqué.
Sollicitée par Le Figaro, la direction de Sciences Po a salué «une décision importante pour sécuriser la scolarité des étudiants qui vont arriver à la rentrée», leur présence à Menton étant de deux ans avant d’effectuer une année de scolarité à l’étranger. «La politique de Sciences Po est de rester là où il est installé. Sciences Po se plaît à Menton, mais l’idée est d’être là où il est désiré», ajoute-t-elle.
Si le campus mentonnais venait à fermer, une nouvelle antenne de Sciences Po pourrait alors ouvrir ailleurs au bord de la Méditerranée, comme à Nice ou à Toulon. L’hypothèse d’un établissement de Sciences Po à Marseille existe aussi, confirme la direction au Figaro. «Des discussions ont été sollicitées par certains élus de Marseille, mais par rapport à Menton, il s’agit de deux projets différents», nous précise-t-on.