Tout commence le 12 mars en milieu de journée, lorsqu’un expert en assurance prévient la mairie d’Arès d’une potentielle irrégularité sur son contrat. Quelques heures plus tard, la municipalité reçoit une notification officielle confirmant que ses véhicules ne sont plus couverts. L’information a l’effet d’un électrochoc : en l’absence d’assurance valide, les véhicules ne peuvent plus circuler sans engager la responsabilité de la Ville. «J’ai pris mes responsabilités en ordonnant immédiatement l’arrêt de l’ensemble des véhicules municipaux», affirme le maire d’Arès, Xavier Daney.
À l’origine de ce fiasco, un courtier en assurance mandaté par la municipalité pour renouveler son contrat au 1er janvier 2025. Celui-ci a proposé une couverture émanant d’une compagnie non homologuée en France. Une découverte tardive, qui place aujourd’hui la ville dans une situation critique. «Je ne sais pas si ce courtier s’est rendu compte de ce qu’il faisait, mais c’est grave. Cela reste un professionnel», déplore l’élu. «On s’est fait avoir dans les grandes largeurs ».
Des services municipaux paralysés
Avec 44 véhicules immobilisés, la commune fonctionne au ralenti. Les équipes des espaces verts ne peuvent plus assurer l’entretien de la ville, tandis que les forestiers restent bloqués à l’entrepôt. La police municipale, privée de ses moyens de déplacement, est contrainte de suspendre ses patrouilles habituelles. En attendant une solution, un véhicule prêté par la mairie de Lège-Cap-Ferret permet de maintenir une présence sur le terrain.
La paralysie touche aussi les services d’aide aux personnes. Le minibus municipal, qui transporte les seniors pour leurs courses et activités, a été stoppé en plein service. «Ce sont donc les élus qui se sont mobilisés pour faire les taxis et les ramener chez eux», raconte le maire. Face à cette situation critique, la solidarité s’organise. «La banque alimentaire nous a aidés en assurant la collecte des denrées à Bordeaux pour les personnes dans le besoin», souligne l’édile. Il retient surtout «l’émotion de voir que l’entraide fonctionne toujours».
Un préjudice financier
En plus du chaos organisationnel, l’affaire représente un coût conséquent pour la commune. La Ville d’Arès a déboursé 23.656 euros pour ce contrat frauduleux. À cela s’ajoutent les frais engagés pour louer des véhicules en urgence. Le maire plaide pour «une réforme du contrôle des courtiers» et s’interroge : «Comment un escroc peut-il mettre en panne tout un service public?» D’autant plus que l’arnaque dont a été victime la Ville d’Arès ne serait pas un cas isolé. Selon la municipalité, plus de 75.000 véhicules de collectivités françaises seraient concernés par des contrats frauduleux similaires.
Malgré les démarches engagées, la situation reste incertaine. «On a contacté Axa, ils sont prêts à nous assurer mais ça prend du temps. J’espère que lundi, on pourra remettre tout le monde au travail», confie Xavier Daney. «On a frôlé la catastrophe. Mais tant qu’on n’est pas assurés, les véhicules ne bougeront pas», conclut-il.