Une petite piqûre de rappel pour les amateurs de cinéma érotique (soft) à l’ancienne avec une nouvelle incursion dans le vivier des « pinku eiga » des sixties et seventies. Autrement dit, le cinéma érotique nippon. Ici un fleuron d’une sous-branche du genre baptisée « roman porno » — label marketing de la compagnie Nikkatsu qui désigne cette catégorie de films jadis interdits aux mineurs qui paraissent aujourd’hui assez modérés. Spécialiste du genre à la Nikkatsu, Noboru Tanaka (1937-2016) se fit surtout connaître avec « La Véritable histoire d’Abe Sada » (1975), version remarquable d’un fait divers qu’illustrera à son tour Nagisa Oshima, un an plus tard, dans son célèbre « Empire des sens ».
Le précédent film du même Tanaka, « Confidentiel – marché sexuel des filles » (1974), surprend par sa qualité artistique. Comparée à toute la production soft et hard du cinéma X occidental des années 1960 – 80, grotesque et lourd, cette chronique sensuelle de la zone est un chef-d’œuvre. Non seulement sur le plan esthétique, mais aussi sur le plan social et dramaturgique. On assiste à la dérive en roue libre, filmée en noir blanc et caméra à l’épaule, de Tome (Meika Seri), prostituée de 19 ans, qui erre et racole les passants dans le quartier de Kamagasaki, les bas-fonds d’Osaka. La jeune femme, qui a décidé de travailler en indépendante, lutte farouchement pour ne pas tomber sous la coupe d’un mac.
Une fresque aussi juste que triviale sur la misère
Dans ce drame naturaliste d’une étonnante crudité — mais peu explicite sur le plan sexuel —, le passage à l’acte est assez aléatoire et brouillon ; il n’est qu’un élément de la fresque sur la misère, rendue avec un sens de la trivialité que n’eût pas renié Shohei Imamura, fer de lance de la nouvelle vague japonaise. Tanaka fut justement son assistant pour « Le Pornographe ». Et comme Imamura, il ne fait pas dans la dentelle, ni même dans le réalisme poétique façon « La Rue de la honte » de Mizoguchi.
Tanaka tourne à l’arrache dans les rues, au milieu des détritus où déambule son héroïne, à la fois angélique et nihiliste, qui louvoie entre inceste (avec son demi-frère handicapé) et avortement (de sa mère, également prostituée). On peut qualifier de « trash » ce tableau de la zone d’une noirceur uniforme — malgré un passage éphémère à la couleur —, qui culmine avec une séquence déchirante et vertigineuse sur la célèbre tour Tsutenkaku d’Osaka. Un joyau d’un genre nippon jamais apprécié à sa juste mesure.
Confidentiel – Marché sexuel des filles de Noboru Tanaka. Japon, 1974, 1 h 23, A voir sur universcine.com
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