C’est la dernière énigme du dossier des disparues de la gare de Perpignan. Un mystère insondable : celui d’une jeune femme de 17 ans qui n’a jamais regagné son village des Pyrénées-Orientales au terme d’un week-end passé à Toulouse avec des amis et d’un dernier trajet en compagnie d’un jeune militaire. Ce 24 septembre 1995, Tatiana s’est comme évaporée à sa descente du train, passant un ultime coup de fil à ses proches avant de disparaître définitivement dans la nuit.
Les derniers instants connus de Tatiana ont été documentés par des témoignages qui envoient la lycéenne en direction d’un café de l’avenue Julien Panchot. Là, elle aurait tenté de faire du stop pour regagner son domicile niché dans le village de Llupia, à une quinzaine de kilomètres de Perpignan. La suite du scénario n’est toujours pas connue des autorités trente ans après les faits, au grand désespoir des proches de Tatiana qui ont longtemps gardé espoir de revoir leur fille revenir à la maison.
«C’est très difficile et l’attente est longue. Pour ma part, j’ai développé une carapace et je suis un peu plus habituée que mes garçons qui souffrent beaucoup», confesse Marie-José Garcia au Figaro. La maman de Tatiana, qui a tiré un trait sur Perpignan pour s’installer dans l’ouest de la France, s’est toujours battue pour retrouver son enfant et tenter d’obtenir la vérité. Une longue traversée du désert entrecoupée de lueurs d’espoir, comme lorsqu’un homme a été soudainement placé en garde à vue par les enquêteurs de la gendarmerie au cours du mois de septembre.
Saisine du pôle «cold cases»
«La juge d’instruction avait pris la précaution de nous avertir avant cette mesure sans toutefois nous donner de détail. Depuis, nous n’avons pas trop d’information, ce qui provoque des effets d’ascenseurs émotionnels très importants chez la famille», souffle Me Philippe Capsié, avocat des proches de Tatiana, évoquant l’implication de la très réputée juge Sabine Khéris dans le dossier, qui a longtemps été instruit à Perpignan avant d’atterrir sur les bureaux du pôle des crimes sériels ou non élucidés (ou pôle «cold cases») de Nanterre fin 2022.
Le suspect, compagnon d’une amie de Tatiana au profil de délinquant sexuel, d’après une source proche du dossier qui confirme une information du Parisien, a attiré l’œil des militaires de la section de recherches (SR) de Montpellier en charge de l’enquête car il résidait dans le secteur de la gare à l’époque des faits. Mais sa garde à vue n’a débouché sur aucune mise en examen et l’homme a été libéré. «C’est compliqué dans ces moments car on pense que cette fois c’est la bonne. On ne connaît pas l’identité de cette personne. Mais on garde espoir, les gendarmes travaillent sur plusieurs pistes et la juge Sabine Khéris abat un énorme travail», souligne Marie-José Garcia.
Selon nos informations, plusieurs «nouvelles» pistes seraient en effet étudiées par la justice, tandis que d’autres, plus anciennes, sont «toujours sur la table». À l’époque, l’une d’elles renvoyait à Marc Delpech, un ex-suspect définitivement condamné en juillet 2005 à trente ans de réclusion criminelle pour l’enlèvement, le viol et le meurtre de Fatima Idrahou en février 2021. L’homme avait enlevé puis étranglé la caissière de 23 ans avant de jeter son corps à proximité de l’étang de Canet-Saint-Nazaire. Identifié grâce à un témoin qui avait noté sa plaque d’immatriculation, Delpech avait rapidement avoué le crime, aux circonstances étonnamment similaire à celles de la disparition de Tatiana Andujar.
De troublants liens avec Tatiana
«Très intelligent et doté d’un QI élevé», jugeait une source bien renseignée au Figaro en 2023, Marc Delpech a un temps été dans le viseur des forces de l’ordre en raison de son implantation à Perpignan et de troublants éléments qui ont pu lier cet ancien patron de bar à Tatiana. «Quand ma fille travaillait à Port Leucate à l’été 1995, elle avait un jour mentionné son nom au détour d’une conversation au téléphone avec son père. Mon ex-mari cherchait du travail et il n’y arrivait pas. Tatiana lui avait alors expliqué avoir rencontré des gens de la région à qui elle pourrait passer son CV, notamment un homme, alors commercial dans une limonadière. Quand il lui a demandé son nom, mon mari a rapporté qu’elle aurait répondu : “Marc Delpech”», se remémorait Marie-José Garcia dans nos colonnes.
Passer la publicitéPlus grave : des perquisitions réalisées à son domicile dans le cadre de l’affaire Idrahou avaient révélé l’existence de l’ébauche d’un roman sauvegardé dans un ordinateur accolé du nom de Tatiana et racontant l’enlèvement en voiture d’une jeune fille «brune et souriante». Une découverte saisissante qui n’a pas fait vaciller l’intéresser. «Marc Delpech avait été entendu à ce sujet en garde à vue, mais il n’y a aucune preuve», regrette Marie-José Garcia, encore aujourd’hui convaincue de la culpabilité du tueur, Début 2023, le tribunal judiciaire de Nanterre indiquait au Figaro que l’homme n’était «pas concerné par des investigations». Il a depuis purgé sa peine pour le meurtre de Fatima Idrahou et reste présumé innocent dans le cadre du dossier Andujar.
Ce dernier est désormais supervisé par un enquêteur de la gendarmerie qui travaille dessus «24 heures sur 24». Un nouvel appel à témoins vient d’être diffusé, trente ans jour pour jour après l’évaporation de Tatiana, pour tenter d’accrocher de nouveaux témoignages. Toute personne susceptible d’avoir rencontré Tatiana juste avant sa disparition ou de détenir des informations est priée de contacter les enquêteurs sur une adresse mail dédiée. «Des années après les premières investigations, c’est un peu l’appel désespéré. Mais un détail peut renaître des années après et quelqu’un pourrait apporter un témoignage», plaide Me Capsié. «Même 30 ans après, des gens n’ont peut-être pas tout dit», croit Marie-José Garcia, qui espère trouver un jour réponse à ses questions.