Qu’elle semble loin, l’époque où le Munster, vainqueur de la Champions Cup en 2006 et 2008, terrifiait les pelouses du Vieux Continent, mené par un Ronan O’Gara qui martyrisait ses adversaires pour placer la Red Army au sommet du rugby européen. Si le Leinster (opposé ce samedi à Clermont) est devenu depuis une dizaine d’années l’étendard du rugby irlandais sur la scène européenne, les trois autres équipes du pays vert ne pèsent aujourd’hui plus du tout en dehors de leur championnat domestique.
Depuis la saison 2018-2019, le Munster n’a réussi à se hisser qu’une seule fois en quart de finale de la Champions Cup (en 2022), tandis que l’Ulster et le Connacht n’ont eux jamais dépassé les huitièmes (ou les poules dans l’ancien format) en sept ans. Un terrible constat pour le rugby irlandais quand son principal adversaire français a remporté toutes les éditions sur les quatre dernières années avec deux clubs différents et (au moins) toujours deux formations en demi-finales.
Alors que l’Union Bordeaux-Bègles se déplace sur la pelouse de l’Ulster, que Castres reçoit le Munster et que Perpignan affronte le Connacht dans le cadre de la Challenge Cup, l’occasion est toute trouvée pour faire un état des lieux des trois provinces irlandaises.
Le Munster n’avance plus
Bien sûr, le club historique du sud de l’Irlande fait toujours de la Champions Cup sa compétition favorite, mais les résultats stagnent. En témoigne, Thomond Park. La mythique forteresse de la Red Army n’est plus aussi imprenable qu’avant sur la scène européenne et on a aujourd’hui du mal à imaginer le Munster jouer les premiers rôles lors de la phase finale de la compétition. Les coéquipiers de Peter O’Mahony, vieillissant troisième-ligne qui incarne une génération passée, se sont arrêtés en huitième de finale lors des deux dernières éditions, tout simplement battus par plus fort.
Ils ont tout de même eu le mérite de remporter le United Rugby Championship en 2023 (en s’imposant en finale face à une équipe du Leinster qui préparait la Champions Cup et donc totalement remaniée), seul titre pour un club irlandais sur les trois dernières années, mais cette compétition n’est à l’origine que secondaire pour ces équipes.
Souvent comparé au Leinster, le Munster est actuellement loin du niveau de son homologue. En ce début de saison, les hommes de Leo Cullen sont solides leaders de l’URC tandis que Conor Murray et les siens, trop inconstants et moins combatifs qu’il y a encore quelques années, pointent à une alarmante 11e place avec seulement 16 points en 7 matches. Leur entraîneur en chef Graham Rowntree a d’ailleurs été limogé au cours du mois d’octobre. Mais pour Bernard Jackman, ancien joueur professionnel irlandais devenu consultant, c’est surtout l’effectif qui pose problème : «Ce n’est pas un manque de travail qui conduit ce groupe à l’échec. Je crains plutôt qu’il manque simplement de talent. Dispose-t-il de la qualité nécessaire pour atteindre les derniers tours en Europe ? Pour l’instant, je ne pense pas», affirme-t-il dans le podcast The42.ie.
Si le Leinster possède un effectif pléthorique (renforcé cette année par un certain Jordie Barrett) et largement composé de celui du XV du Trèfle, le Munster doit, lui, composer avec beaucoup moins d’internationaux et plus de jeunes joueurs. Le premier match de cette campagne européenne face à un Stade Français remanié n’a pas forcément rassuré les Irlandais, loin d’être étincelants. Menés par leur ouvreur Jack Crowley, les Munstermen sont toujours à la recherche d’une victoire à l’extérieur cette saison et se déplacent sur la pelouse de Castres sans grandes certitudes. Si l’on se réfère à leur début d’exercice 2024-2025, il faut se rendre à l’évidence, la concurrence est si féroce qu’il sera difficile de voir le Munster atteindre le dernier carré en fin de saison.
L’Ulster cherche son second souffle
Vainqueur de la compétition en 1999 et formation importante dans le début des années 2010, l’Ulster traverse depuis quelques années chaque édition comme un fantôme. Une seule petite victoire la saison dernière dans la compétition pour la province de l’Irlande du nord, humiliée dimanche dernier face au champion en titre Toulousain, 61-21. Un naufrage qui a parfaitement mis en lumière tout le retard que les Ulstermen accusent sur le gratin européen.
Actuellement 10e du United Rugby Championship, l’Ulster réalise un début de saison très délicat. En manque de repères dans le jeu avec une défense qui encaisse beaucoup trop de points (31 par match en moyenne depuis le début de la saison) et une conquête loin d’être sereine, les joueurs de Belfast ont du mal à enchaîner les victoires. Alors qu’ils menaient 19-0 sur la pelouse de Cardiff il y a trois semaines, les Ulstermen se sont finalement inclinés 21-19 au cours d’une seconde période catastrophique. Au-delà du jeu, les hommes de Richie Murphy manquent surtout de confiance et peinent donc déjà à être réguliers dans leur championnat (sur les dix dernières rencontres, les Irlandais ne se sont imposés que trois fois).
Avec aujourd’hui trop peu de joueurs de classe mondiale, l’effectif est, comme pour le Munster, loin d’être assez qualitatif pour postuler dans la reine des compétitions européennes. L’Ulster joue la Champions Cup, oui, mais ne fait plus que de la figuration. La venue, ce samedi, d’une Union Bordeaux-Bègles en grande forme ne risque pas d’arranger les choses.
Le Connacht à son rythme
Province la plus faible des quatre, le Connacht parvenait pourtant, il y a encore quelque temps, à battre le Stade Toulousain en phase de poules de la Champions Cup. Depuis, les Irlandais ont régressé année après année et n’ont même pas réussi à accrocher la Coupe des champions ces deux dernières années. L’équipe de l’ouest de l’Irlande possède des moyens et un effectif (avec peu d’internationaux) bien moindres que ses trois homologues et connaît donc une descente en termes de niveau.
Le Connacht réalise un début de saison similaire à ceux de l’Ulster et du Munster avec une huitième place en URC, même s’ils ont facilement disposé de Parme la semaine dernière lors de la première journée de Challenge Cup. Face à la concurrence écrasante de la Champions Cup, la province n’a aujourd’hui plus les armes pour rivaliser, et on en viendrait à se demander s’ils ont de quoi performer dans la compétition inférieure.
L’année dernière, ils s’étaient arrêtés au stade des quarts de finale, largement battus par Trévise. À domicile et dans un stade Aimé Giral en feu, les Perpignanais ne devraient pas rencontrer trop de difficultés pour venir à bout des verts du Connacht.