REPORTAGE. "Si on ne bloque pas l'économie, personne ne va nous entendre" : aux "pots de départ" de François Bayrou, la journée du 10 septembre s'organise déjà

Dans plusieurs villes de France, lundi 8 septembre dans la soirée, des "pots de départ" se sont tenus devant les mairies pour fêter la chute du gouvernement et dire "bye bye Bayrou". Au total, près de 11 000 personnes ont répondu présentes, de source policière. Pour les participants, c’était surtout l’occasion d’organiser la mobilisation du mercredi 10 septembre, jour du mouvement "Bloquons tout".

À Marseille, ils étaient environ 200 devant l’hôtel de ville, et l’apéritif a tourné à l’assemblée générale pour préparer les blocages. Il y a eu quelques cris de joie à l’annonce de la chute du gouvernement, mais les participants au rassemblement en attendent davantage.

"Que Macron démissionne, par exemple." Emmanuel Macron et toute sa clique, espère Ben, 30 ans, qui travaille dans une ferme et veut en finir avec la politique actuelle. "Disons qu'on a une politique qui s'enfonce de plus en plus dans le libéralisme autoritaire, qu'on a une fascisation de la politique en France, une casse des services publics, une crise écologique, énumère-t-il. On sait pertinemment que manifester avec des pancartes dans la rue, ça ne sert plus à rien."

Tenir "sur la durée"

Il va falloir passer à la vitesse supérieure, ajoute Sara, une Italienne qui travaille dans la culture en France et qui dénoncent les coupes budgétaires. "On a essayé de voter, on a essayé de faire des grèves contre la réforme des retraites, mais apparemment ça ne marche pas, déplore-t-elle. Je pense que les blocages, c'est très important. Si on ne bloque pas l'économie, personne ne va nous entendre."

A Marseille, des participants à la journée de mobilisation du 10 septembre préparaient des pancartes en peignant sur des bouts de cartons dès l'annonce de la chute du gouvrenement Bayrou, le 8 septembre 2025. (MATHILDE VINCENEUX / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)
A Marseille, des participants à la journée de mobilisation du 10 septembre préparaient des pancartes en peignant sur des bouts de cartons dès l'annonce de la chute du gouvrenement Bayrou, le 8 septembre 2025. (MATHILDE VINCENEUX / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Alors pour se préparer, les manifestants forment des cercles de paroles, certains suggèrent de lancer des boules puantes sur les McDonald's ou les Carrefour, mais les points de blocages sont tenus secrets. Nicolas y participera, il est animateur.

"Pour une fois, on a l'opportunité d'allier la puissance collective citoyenne avec celle des syndicats, ce qui a été un manquement à l'époque des gilets jaunes."

Nicolas, animateur

à franceinfo

"On est sur quelque chose de nouveau, raconte-t-il. Là, il faudrait qu'il y ait une grève quotidienne et des points de blocage stratégiques qui fonctionnent. Il va falloir tenir dès le début et sur la durée." Dans un coin, certains préparent déjà des pancartes en peignant sur des bouts de cartons, d’autres répètent des chants militants.

Des actions locales pour fédérer

Que doit-on bloquer le 10 septembre ? À quelques heures de la mobilisation, la cinquantaine de militants de gauche réunis lundi soir à Pantin (Seine-Saint-Denis), se posaient encore la question. Un supermarché sera donc bloqué à Pantin. Décision est prise également de se mobiliser autour de deux collèges de la commune. "Dans les endroits comme les collèges, où les gens ont décidé de faire grève avec le soutien des parents d'élève, j'irai essayer de bloquer ou en tout cas faire nombre avec eux", explique Sylvie, retraitée, qui sera de la partie.

"Je préfère des actions locales, je pense que le mouvement du 10, ce sont plus les actions locales que les grandes manifestations."

Sylvie, retraitée

à franceinfo

Malgré la proximité de Pantin avec Paris, ici les manifestants vont opter pour des actions locales, pour fédérer autour du mouvement, explique Robin, un instituteur : "Si on s'inscrit localement avec des gens qu'on connaît, et aussi des gens qu'on rencontre, c'est exactement ce qu'il s'est passé pendant les gilets jaunes, où les gens se sont rencontrés, ça permet de créer des communautés, de créer un mouvement." Avec un premier objectif pour ce mouvement : mettre la pression sur le président Macron en vue notamment de la nomination d’un nouveau Premier ministre.