Gérard Le Puill
Notre agriculture subit une triple sanction depuis l’arrivée d’Ursula Von der Leyen à la présidence de la Commission européenne. Depuis 3 ans les produits agricoles de l’Ukraine entrent dans l’Union européenne sans droit de douane. Cette année, Von der Leyen vient de céder à Donald Trump sur les 15% de droits de douane tandis que l’accord de libre-échange avec le Mercosur va aussi aggraver la situation de nos paysans.
Au début du mois de septembre 2022, le prix de la tonne de blé français rendue au port de Rouen pour l’exportation cotait 330€. Au début du mois de septembre 2023, elle était tombée à 220€, ce qui la mettait à moins 200€ au départ de la ferme compte tenu du coût du transport. En septembre 2024, ce prix avait encore baissé pour ne coter que 215€. Le 2 septembre 2025, il est tombé à 187€. Selon le cabinet Argus Media « l’origine française s’ajoute mécaniquement à la baisse pour rester dans le coup à l’exportation ».
Pour saisir la signification de ce bref commentaire, il faut savoir que depuis la décision prise par l’Europe des 27 de supprimer les droits de douane sur les importations de blé et d’autres produits agricoles en provenance de l’Ukraine, plusieurs pays européens importateurs de blé ont réduit ou supprimé les importations en provenance de la France. Du coup, les prix ont baissé et les céréaliers français ne couvrent plus leurs coûts de production. Ils financent indirectement l’effort de guerre de l’Ukraine face à l’invasion de la Russie.
Fort recul des importations de blé français en Algérie
Comme un malheur n’arrive jamais seul, le cabinet Argus Media indique aussi que sur la campagne de commercialisation 2025-2026, « la France pourrait n’exporter vers les pays tiers que 8 à 9,5 millions de tonnes de blé en raison du recul des achats de l’Algérie et de la Chine». Au cours de la campagne succédant à la récolte de 2019, l’Algérie avait importé 5,6 millions de tonnes de blé français. Les quatre années suivantes ce chiffre tombait à 1,9 million, puis 1,8 million de tonnes et l’Algérie n’a plus importé de blé français après la récolte de 2024. Désormais, l’Algérie importe surtout du blé produit en Russie. En 2019 et 2020 la Chine avait importé beaucoup de blé français. Mais la production chinoise a augmenté depuis et, concernant les importations, elle privilégie aussi le blé produit en Russie.
Malgré le vote de trois versions de la loi Egalim en France depuis 2018, afin de prendre en compte l’évolution des coûts de production dans la formation des prix agricoles, les prix des céréales, comme ceux des viandes porcines et bovines continuent d’être fixés aux enchères descendantes dans les salles de cotation. Dans ce contexte, la signature de l’accord de libre échange avec les pays du Mercosur permettra à ces pays d’exporter toujours plus de viandes bovines et de volailles en Europe, de même que du sucre de canne pour concurrence le sucre de betterave produit en France.
Tandis que Donald Trump vient d’imposer 15% de droits de douane sur les exportations européennes de vins, de spiritueux et d’autres produits agricole dont les fromages aux Etats-Unis, Ursula Von der Leyen , présidente de nationalité allemande de la Commission européenne a accepter que les Etats-Unis exportent en Europe des contingents annuels de viande de porc , de produits laitiers , de fruits à coque et d’huile de soja sans droits de douane en Europe. La question se pose de savoir si elle a fait cette concession dans le but de permettre l’exportation de produits industriels allemands aux Etats-Unis à commencer par les voitures.
Le jour où Macron a cédé à Von der Leyen
Quand il était commissaire européen en charge du marché intérieur lors du précédent mandat qui s’est achevé en 2024, Thierry Breton osait critiquer certaines prises de positions de la présidente Von der Leyen. Du coup, cette dernière a obtenu du président Macron qu’il nomme un autre commissaire au moment du renouvellement du collège l’an dernier. Stéphane Séjourné, ancien conseiller de Macron quand il était ministre de l’Economie sous la présidence de Hollande, est ainsi devenu le très discret commissaire européen en charge de l’industrie, des PME et du marché unique.
Pascal Perri est un adepte du libéralisme économique. Il est très présent dans les médias audiovisuels et tient aussi une chronique dans l’hebdomadaire « La France Agricole ». Dans l’édition du 5 septembre, il écrivait à propos de l’attitude d’Ursula Von der Leyen : « Depuis le début de la guerre commerciale américaine, Bruxelles a mis un genou à terre. Son arme anti-coercition est restée au vestiaire. L’Europe politique a sorti les pistolets à eau au risque du ridicule politique, tant et si bien que sa présidente, madame Ursula Von der Leyen, est désormais un objet de moquerie à la Maison-Blanche. Les droits de douane sont un instrument de domination. Il faut les prendre pour ce qu’ils sont. Dans une partie de bras de fer, quand on dispose d’un arsenal de contre-mesures, il faut les utiliser. La puissance ne se présume pas, elle se démontre. Voilà notre faiblesse collective : l’idée un peu simpliste selon laquelle un accord moyen vaut mieux qu’un conflit. Cette idée n’évite jamais le conflit mais, au contraire, elle peut l’amplifier. Au surplus, l’expérience montre que céder une fois, c’est risquer de céder cent fois ».
Même venant de Pascal Perri, on peut dire que c’est plutôt bien vu dans ce cas précis.
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