«J’ai cofondé une dizaine d’entreprises et plus de la moitié ont été lancées entre septembre et novembre»

«J’ai cofondé une dizaine d’entreprises, et plus de la moitié d’entre elles ont été lancées entre septembre et novembre. Ce n’est pas un hasard : la rentrée est un moment particulièrement propice à la nouveauté et aux annonces. » Signé Eric Larchevêque, un entrepreneur reconnu dans l’écosystème crypto. En 2014, il a notamment été à l’origine de Ledger, une société désormais leader mondial dans les portefeuilles sécurisés pour cryptomonnaies.

Dynamique corroborée par les chiffres

« À la fin de l’été, les équipes reviennent avec de l’énergie, les partenaires et les investisseurs sont plus disponibles, toute la sphère économique reprend son envol, poursuit l’intéressé, c’est une période où l’attention est forte, où les gens sont à l’affût de nouvelles opportunités. La création d’une entreprise bénéficie d’un impact supplémentaire . » Éric Larchevêque dit n’avoir jamais pris de bonnes résolutions à l’occasion du nouvel an, préférant l’amorce de l’automne pour ce type de démarche. « Alors si je peux partager un conseil, le voici : profitez de l’élan de la rentrée pour passer à l’action. »  

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La dynamique ainsi énoncée est corroborée par les chiffres. Au regard des données publiées par BPI relative à l’évolution de la création d’entreprise en France sur douze mois glissants, on constate un pic pour la période septembre octobre 2024. À titre indicatif, le nombre cumulé de créations depuis le début de l’année 2025, s’élève à 677 408, en hausse de 1,2%. Sachant que 732 secteurs sont répertoriés dans la nomenclature d’activités française.

Libérer de l’espace mental

Avant la rentrée, par définition, il y a l’été. « Ces quelques semaines marquent souvent une pause dans le quotidien, souligne Sophie Vannier, la présidente de La Ruche, ce break permet de libérer de l’espace mental, contribuant à faire émerger – ou émerger – des envies de changement. » L’intéressée explique encore que les gens disposent d’un temps précieux pour échanger avec leurs proches, leur famille ou leurs amis, bref des personnes de confiance susceptibles d’aider à clarifier une idée, à l’encourager, à la challenger. En clair, ces avis bienveillants sont les bienvenus pour mûrir une idée de création d’entreprise.

« L’été, c’est aussi le moment propice aux lectures inspirantes, aux échanges informels, à ces mille et un petits déclics qui font naître ou affûtent un projet entrepreneurial », poursuit Sophie Vannier. Bref, la saison estivale est tout sauf du temps pour ceux qui veulent se lancer dans l’aventure.

La Ruche est une association fondée en 2008, qui vise à accompagner l’entrepreneuriat responsable et inclusif. Depuis dix ans, plus de 12 000 porteurs de projets ont ainsi pu bénéficier d’un appui opérationnel. Ce soutien couvre la France entière, via un réseau de 17 antennes régionales. L’inclusivité est plus que jamais à l’ordre du jour, puisque à l’échelle de tout le pays, en 2024, seules 39% des entreprises créées au cours de l’année l’ont été à l’initiative de femmes (étude OpinionWay).

Programmes d’accompagnement

« La rentrée est effectivement un temps fort pour l’écosystème, fait écho Sophie Vannier à Eric Larchevêque, de nombreux programmes d’accompagnement (comme Les Audacieuses de La Ruche, à destination des femmes) ouvrent leurs nouvelles promotions en septembre. » En toile de fond, il y a aussi la bonne fenêtre de tir pour croiser la route d’un éventuel associé, s’inscrire à un événement de networking, fidéliser son réseau, participer à un salon professionnel.

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« À mes yeux, la rentrée est une période électrisante, s’exclame Stéphanie Edmond Mariette, grand prix Créatrices d’Avenir 2024 (une opération portée par le réseau associatif d’accompagnement Initiative Île-de-France, avec la volonté de récompenser la détermination, l’audace, la diversité). Ces jours et ces semaines sont parfaits pour activer des projets à fort impact. Je reviens tout juste d’un voyage au Japon, pour comprendre ce pays où le nombre de personnes sans-abri est extrêmement bas. »

Stéphanie Edmond Mariette a été récompensée pour son entreprise à impact SEM Habitat Durable, « que j’ai fondée après avoir moi-même connu des situations de placement et de sans-abrisme ». Ce déplacement au Japon, la jeune femme a pu l’effectuer grâce au concours d’Initiative, « qui m’a offert bien plus que de la visibilité, un véritable élan ». L’objectif de SEM Habitat Durable pour cette année : travailler avec plus de 500 propriétaires, pour plus de 1 000 locations sécurisées et éthiques.

Pas de saisonnalité pour le financement

Enfin, quant à savoir si la rentrée coïncide avec la possibilité d’exploiter davantage les aides publiques, les prêts ou les apports privés, Sophie Vannier se montre plus mesurée : « Le financement n’a pas vraiment de saisonnalité stricte. En revanche, c’est souvent en septembre que se déploie la palette des propositions, comme les appels à candidatures des incubateurs. » La conviction de la présidente de La Ruche est affirmée : la rentrée agit comme un accélérateur, ceux ayant profité de l’été pour se préparer arrivant « pile au bon moment » pour saisir les opportunités.

Certes, face à l’inflation des programmes, des concours et des événements de toutes sortes, les entrepreneurs en devenir peuvent avoir le sentiment d’avoir du mal à défricher. Mais abondance de biens ne nuit pas pour « faire rayonner les pépites des territoires », comme on l’affirme chez Initiative Île-de-France qui remettra ses trophées 2025 au mois de décembre.