13 podiums – dont 8 victoires – en 14 courses individuelles disputées depuis le début de la saison de Coupe du monde féminine. Difficile pour le biathlon français de faire mieux, même si la leader au classement général se nomme Franziska Preuss et qu’elle représente l’Allemagne. Mais derrière elle, elle ne voit, pour ainsi dire, que du bleu, du blanc et du rouge avec cinq Bleues entre la 2e et la 9e place. À savoir, donc, Lou Jeanmonnot (2e), Julia Simon (4e), Jeanne Richard (5e), Océane Michelon (6e) et Justine Braisaz-Bouchet (9e).
Un magnifique tir groupé qui laisse de côté Paula Botet, victorieuse du sprint d’Oberhof mais qui n’a pas confirmé ensuite, tandis que Sophie Chauveau, 2e du sprint de Hochfilzen mais qui elle aussi a plafonné derrière avant de sauver sa place de justesse pour ces Mondiaux en s’imposant lors de la mass start à Val Ridanna (en IBU Cup, la deuxième division mondiale) le week-end dernier, se contentera du rôle de cinquième mousquetaire sur le sprint et la poursuite, les deux épreuves où la France pourra aligner cinq biathlètes au départ. Une abondance de biens qui ne peut pas nuire aux ambitions hexagonales à Lenzerheide, en Suisse, terre d’accueil des Mondiaux millésimés 2025.
Au contraire, comme le confiait à L’Équipe Julia Simon – victorieuse du dernier gros globe de cristal en 2023 récompensant sa première place finale au classement général de la Coupe du monde –, cette profusion d’athlètes capables de monter sur la boite joue en faveur d’une émulation de groupe. «C’est incroyable ce qu’on est en train de vivre. Être allée chercher un globe chez les filles la saison dernière peut aussi avoir fait tomber certaines barrières, comme celle de se dire que c’est possible. Maintenant, ça devient aussi un objectif pour les plus jeunes. Et c’est quelque chose qui amène plus d’exigence, qui amène à vouloir plus. C’est une bonne émulation. On est dans de bonnes années avec de bons talents. Le fait que les objectifs soient élevés pour tout le monde fait qu’on se tire vers le haut.»
C’est un enfer d’être dans cette équipe de France.
Sophie Chauveau
Une émulation qu’il faut cependant savoir gérer en interne, comme l’expliquait avec honnêteté Sophie Chauveau sur la chaîne L’Équipe : «c’est un enfer d’être dans cette équipe de France. On est sans arrêt sur un siège éjectable. Mais à côté de ça, c’est vrai que c’est une équipe où ça pousse de tous les côtés, où on est obligé de se surpasser et de se donner encore plus. C’est ce qui m’a permis l’année dernière de réussir et de faire mes performances, et c’est ce qui permet à Jeanne (Richard) et Océane (Michelon) de faire des performances comme elles font, qui sont juste impressionnantes. C’est un énorme côté positif pour l’équipe de France, mais c’est vrai que ce n’est pas toujours facile à gérer.»
Une bataille de générations ?
Avec ses six victoires cet hiver, Lou Jeanmonnot fait figure, du haut de ses 26 ans, de trait d’union entre deux générations : celle de Simon et Braisaz – toutes deux âgées de 28 ans – et celle de Richard et Michelon (22 ans chacune). Néanmoins, Cyril Burdet, l’entraîneur des Bleues, se garde bien d’en tirer une conclusion hâtive quant à un éventuel passage de génération. «Il y a effectivement la poussée d’une jeune génération, c’est une certitude. Lou, Océane et Jeanne montrent une régularité au plus haut niveau qui est assez incroyable depuis le début de saison. Pour les deux plus expérimentées, je retiens surtout le contraste entre ce qu’elles sont capables de faire quand on a besoin d’elles pour l’équipe (en relais) et qu’elles redressent la barre, et ce qu’elles font en individuelle. Mais je ne crois pas qu’il faille les enterrer.» Avant d’ajouter : «il y a une dynamique générale de la filière féminine qui fonctionne bien depuis quelques années.»
Maintenant, les Bleues auront fort à faire en Suisse pour faire mieux, ou au moins aussi bien qu’il y a un an à Nove Mesto (République tchèque) lorsque les Françaises avaient réalisé une razzia : huit médailles sur douze en individuelle - dont trois titres (sprint et poursuite pour Julia Simon, mass start pour Justine Braisaz-Bouchet) – et l’or sur le relais. Le sprint de vendredi (15h05) donnera sans doute le ton pour cette équipe de France forcément très ambitieuse, mais également méfiante. La suite passera par une poursuite (dimanche, 12h05), l’individuel (mardi 18 février, 15h05) et la mass start (dimanche 23 février, 13h45), avec un relais aussi le samedi (12h05). Une dernière épreuve qui, de manière surprenante, se refuse à elles depuis le début d’exercice (deux fois deuxième et deux fois troisième). Sur ce plan-là, l’amélioration semble plus dans leurs cordes.