Peu avant 14 heures, heure à laquelle était donné le rendez-vous, quelques dizaines de personnes sont éparpillées sur le parvis de la Gare du Nord, perdues dans le flot de voyageurs. Arborant pulls, bonnets et parfois même manteaux de couleur violette, les manifestants se préparent en gonflant des ballons ou en rafistolant leurs pancartes.
Ce 23 novembre, plus de 400 organisations (Fondation des femmes, Planning Familial, #NousToutes) et personnalités (Angèle, Judith Godrèche et Vanessa Springora) ont appelé à manifester «contre les féminicides , les violences sexuelles et toutes les violences de genre», en prévision de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes (25 novembre). Le rendez-vous était donné «dans les rues de toutes les villes de France hexagonale et des Outre-mer».
À Paris, des centaines de femmes, d’hommes et d’enfants ont bravé le froid pour répondre à cet appel. Le cortège, qui s’élance au croisement de la rue La Fayette et du boulevard Magenta, est coloré par des centaines de pancartes violettes, imprimées et distribuées par le collectif féministe #Noustoutes. Le célèbre titre d’Angèle “Balance ton quoi” est chanté, ainsi que plusieurs chants féministes parfois inconnus des manifestants. «Ce n’est pas grave on a reçu les partitions», s’esclaffe Jeanne, 26 ans.
«La honte doit changer de camp»
Annie, 20 ans, qui se revendique «féministe enragée», est heureuse d’avoir pu «s’échapper de ses devoirs» pour assister à sa toute première manifestation. «Il y a une ambiance incroyable, on est toutes réunies pour défendre nos droits et c’est extraordinaire». La jeune femme indique ne «pas oublier toutes les victimes dont on ne parle pas, qui ne sont pas médiatisées et dont les voix ne sont pas entendues». Elle s’amuse par ailleurs des affiches, «surtout celles faites à la main», et les prend en photo.
Comme il est coutume en manifestation féministe, de nombreuses pancartes aux formules «trash» et évoquant des chiffres marquants sont brandies. Trois amies, qui marchent bras dessus, bras dessous, ont rivalisé d’ingéniosité et affichent, sur des cartons blancs inscrits en bleu : «Les Belles au Bois Dormant sont réveillées et en colère», «Ils m’ont tout pris sauf ma colère», «On veut aimer sans se méfier». Cette dernière pancarte fait écho au procès des viols de Mazan, où Dominique Pelicot a livré sa femme à plus de 80 hommes en la droguant.
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Toujours sur cette affaire, une jeune femme a écrit sur plusieurs bouts de cartons recollés ensemble : «GiselleS on vous croit, DominiqueS et les autres on vous voit». Une autre a même dessiné Gisèle Pelicot ayant retrouvé le sourire à côté de l’inscription «La honte doit changer de camp».
Des enfants présents
Et pour inculquer, dès leur plus jeune âge, les valeurs féministes aux enfants, certains parents ont décidé de les emmener manifester. Ces petits, tous bien emmitouflés, souvent baladés sur le trottoir dans des poussettes, ont parfois reçu la grande tâche de brandir eux-mêmes des pancartes. En voyant deux petits garçons marcher aux côtés de leurs mères, des manifestants s’exclament : «C’est bien, c’est comme ça qu’il faut les éduquer».
Marie et Swan, jeunes parents, manifestent eux aussi avec leurs enfants, Alix et Mahaut, six et quatre ans. «Il faut leur montrer qu’ils doivent se battre pour leurs droits essentiels», révèle leur mère, qui participe rarement aux manifestations. «Avec ce qu’il se passe dans le monde, la réélection de Trump et les guerres on s’est dit que c’était particulièrement important», ajoute-t-elle, en serrant la main de sa fille.
«Solidarité avec les femmes du monde entier»
Les manifestants n’ont pas oublié les femmes qui souffrent à travers le monde, et plusieurs pancartes du mouvement “Femme, vie, liberté” circulent avec le cortège. Un collectif pro-Palestine s’est également glissé parmi les manifestants et diffuse des musiques orientales. Plusieurs associations et collectifs se sont eux aussi emparés du mouvement palestinien, et plusieurs drapeaux verts, rouges et noirs flottent aux côtés des pancartes violettes. Certains chants sont d’ailleurs lancés «en honneur de la Palestine et de toutes celles qu’on assassine».
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«C’est hyper important que la cause palestinienne soit représentée aujourd’hui. Il n’y a pas de féminisme sans intersectionnalité», estime Anna, 19 ans. La jeune femme déclare marcher pour «toutes les femmes partout dans le monde, peu importe leur ethnie ou leur religion». Marianne, 63 ans, est du même avis. «C’est même crucial ! Combien de femmes et d’enfants palestiniens, innocents, meurent tous les jours sous les bombes».
Annie, 20 ans, rappelle que «le viol est utilisé comme arme de guerre partout dans le monde». La jeune femme incite ainsi à «parler des Palestiniennes au même titre qu’on parle de Gisèle Pelicot». Elle conclut: «Il faut englober tout le monde parce que si on prend qu’une partie de l’iceberg, on ne fera jamais fondre tout le problème».