C’est comme ça, portrait irrésistible d’une mère antipathique
CRITIQUE - La comédie familiale de Marc Arnaud avec Florence Muller fait rire à gorge déployée à la Pépinière théâtre, à Paris.
Passer la publicité Passer la publicitéMathias (Grégory Montel, Gabriel dans la série à succès de France 2, Dix pour cent) veut « lâcher prise ». Peine perdue, il est confronté à un dilemme cornélien. Il vient de perdre sa mère Gisèle (Florence Muller irrésistible) et sa femme Sarah (Manon Kneusé) attend leur premier enfant. L’enterrement et l’accouchement tombent le même jour. Mathias s’arrache les cheveux, il n’y a pas de solution. Comment expliquer à son père Jean-Marie (Edgar Givry) et à sa sœur Nathalie (Éléonore Joncquez) qu’il n’ira pas aux obsèques ? Ou se justifier auprès de son épouse qui ne songe pas une seconde à vivre l’heureux événement sans lui ?
Marc Arnaud est l’auteur et le metteur en scène d’une comédie sur la famille aussi enjouée et enlevée que juste et profonde : C’est comme ça. Il s’est trituré la cervelle pour concocter une histoire originale sans tomber dans les clichés. La pièce tient sa force des personnages qui vivent leur vie dominée par la figure de Gisèle, pilier de la smala, plus du genre Folcoche que mère poule. On verra que même disparue, elle est omniprésente. Et fait mentir le proverbe : « Les absents ont toujours tort. » Car elle a influé sur chacun de ses proches.
Passer la publicitéÀ commencer par son faiblard de mari marqué par quarante ans d’une union qui ne l’a pas épanoui. En cause, le caractère de sa femme semble-t-il, mais pas que. Mathias ne la regrette pas, elle l’agaçait et il ne s’est pas senti aimé. « Tu ne la voyais pas souvent », lui reproche Nathalie davantage dans l’empathie. À l’instar de leur belle-sœur. Florence Muller incarne cette mamma avec un mélange de bonhomie et de détachement, tout en retenue, une malice aux fond des yeux. On pense à Chantal Lauby.
L’auteur aurait pu nous tirer des larmes avec une histoire de deuil, il a préféré faire rire. Les scènes avec le prêtre enthousiaste et l’employée des Pompes funèbres à côté de ses pompes sont tordantes. On pense forcément à notre propre famille et on reste songeur. Les comédiens brillent par leur virtuosité (on les devine se changer rapidement en coulisses). Certains campent plusieurs protagonistes. En particulier, Benjamin Guillard, cousin de Jean Le Poulain dans les costumes du religieux et de l’ange pragmatiques plie la salle en deux. La mise en scène privilégie les retournements de situation dans un décor interchangeable malin (Salma Bordes). Les dialogues bondissent comme des cabris. « Intelligent, futé, joyeux, on dirait qu’on enterre un labrador ! », lâche Gisèle pendant que sa famille réunie autour de son cercueil s’escrime à écrire un discours d’adieu. Un spectacle où la joie demeure à ne pas manquer.
Jusqu’au 3 janvier 2026, à La Pépinière théâtre (Paris 2e).