Tempête Goretti : qu’est-ce qu’une «bombe météorologique» à l’origine des vents violents attendus cette nuit ?

Le scénario est désormais calé sur une fenêtre courte et nerveuse : jeudi après‑midi, la tempête Goretti aborde la Bretagne avant de s’étendre en soirée et dans la nuit à une large partie du nord‑ouest du pays, de la façade atlantique (Pays de la Loire, Charente-Maritime...) à la Normandie, aux Hauts‑de‑France et à l’Île‑de‑France. Météo-France et La Chaîne Météo* ont placé la Manche en vigilance rouge vent dans la nuit de jeudi à vendredi, avec une période de danger maximal annoncée entre 21 heures et 3 heures. Dans le même temps, 29 départements du Nord-Ouest, dont ceux d’Île-de-France, entreront progressivement en vigilance orange à partir de 16 heures. La prudence est d’autant plus recommandée que l’épisode est annoncé “durable” : en région parisienne, les rafales attendues sont de l’ordre de 90 à 100 km/h, pouvant se produire durant plusieurs heures.

«Une forte tempête frappant jusqu’à Paris»

Au cœur de cette tempête, un mot revient en boucle : «bombe météorologique», ou «bombe dépressionnaire». Pour Cyrille Duchesne, responsable du service prévisions de La Chaîne Météo, l’expression n’a rien d’un effet de manche. Elle décrit une mécanique bien identifiée des météorologues : «Une bombe météorologique, c’est une dépression qui se creuse très rapidement, c’est-à-dire que la pression au centre baisse fortement en peu de temps», explique-t-il au Figaro. Un repère est souvent utilisé pour qualifier ce “creusement explosif” : «On utilise souvent un ordre de grandeur d’environ 24 hectopascals en 24 heures (...) même si le seuil précis dépend légèrement de la latitude.» Dans le cas de Goretti, les experts de La Chaîne Météo parlent de «bombe météorologique» car la chute de pression serait particulièrement brutale, d’environ 40 hectopascals (hPa) en moins de 24 heures, un décrochage qui «tend» le gradient de pression et, mécaniquement, renforce les vents.

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L’accélération de Goretti tient à la conjonction de deux ingrédients, résume Cyrille Duchesne : «Un courant de vent très fort en altitude, le courant‑jet, où les vents peuvent approcher ou dépasser 250 à 300 km/h vers une dizaine de kilomètres d’altitude», et «un fort contraste entre masses d’air, avec de l’air froid d’origine polaire qui descend vers l’Atlantique Nord et vient rencontrer de l’air beaucoup plus doux plus au sud», ce qui «favorise un approfondissement très rapide de la dépression au passage sur les abords de la France».

«On n’a pas forcément plus de tempêtes, mais elles ont tendance à être un peu plus violentes»

Sur le terrain, l’enjeu n’est pas seulement le pic de rafales, mais la durée d’exposition. «L’épisode va débuter vers la soirée, puis se renforcer en milieu de nuit» : il est question d’«une forte tempête frappant jusqu’à Paris», avec une dépression «qui va se déplacer assez lentement», ce qui annonce «une bonne partie de la nuit, et une partie de la matinée» sous des vents soutenus, avec «100 à 120 km/h dans l’intérieur, jusqu’à 130‑140 km/h sur le littoral» pour les départements en vigilance orange les plus exposés, tandis que l’Île‑de‑France doit plutôt s’attendre à des rafales de l’ordre de 90 à 100 km/h durant plusieurs heures. La mer devient un deuxième front du danger : «Cette dépression va entraîner des conditions de navigation extrêmes, avec 7 à 8 mètres de vagues, et des risques de submersion littorale», tandis que «sur les côtes de l’Atlantique, on parle de 110 km/h à 130 km/h», ce qui entraîne une un risque de «vagues‑submersion» dans plusieurs départements.

Faut-il y voir la signature directe du changement climatique ? Cyrille Duchesne appelle à la prudence dans l’interprétation : «On n’a pas forcément plus de tempêtes, mais elles ont tendance à être un peu plus violentes. C’est un phénomène qu’on retrouve en plein hiver.» Et d’ajouter, sur le lien de causalité : «Faire un lien avec le changement climatique, c’est un peu raccourci. C’est plus dans la logique des climats tempérés, ce sont des coups de tempête.» Autrement dit, le phénomène n’est pas «exceptionnel» au sens où il sortirait du registre des hivers atlantiques, même s’il peut frapper fort. «La dernière, Ciarán, en novembre 2023, on avait plus de 200 km/h sur les caps les plus exposés. Ce n’est pas un phénomène exceptionnel en soi, ça fait partie des fortes tempêtes.»

*La Chaîne Météo appartient au groupe Le Figaro.