«Il faudra que deux ou trois joueurs sortent du lot», disait Freddy Fauthoux avant d’affronter la Pologne, mardi, à Katowice. Un match qui faisait suite à une triste prestation face à Israël (69-83) dimanche dernier… et à l’annonce du forfait d’Alex Sarr (mollet) pour le reste de l’EuroBasket. Déjà le temps des doutes, après le test réussi face à la Slovénie de Luka Doncic (103-95). Le nouveau sélectionneur espérait sans doute secrètement que Guerschon Yabusele ferait partie de ces joueurs-là. En fait, un peu plus que secrètement.
Bombardé capitaine de cette équipe de France rajeunie et quasi intégralement remodelée après les JO, avec seulement trois vice-champions olympiques, l’Ours dansant s’était montré très discret depuis le début de la compétition. Dans le leadership, pas de souci. Mais les Bleus ont aussi besoin de ses qualités de basketteur, celles qui l’ont conduit à signer un beau contrat chez les Knicks de New York cet été. «J’ai parlé aux gars. Je leur ai dit que c’était de ma faute en premier. Mes attitudes n’étaient pas forcément les bonnes sur le terrain, j’ai montré beaucoup de frustration», disait-il avant cette rencontre de la quatrième journée de phase de poules. L’ancien joueur du Real Madrid a allié les actes à la parole. 36 points, dont six tirs primés. Décisif pour l’emporter face aux Polonais (83-76), invaincus jusque-là. En feu.
Passer la publicitéL’équipe a suivi son capitaine, Guerschon a joué un très bon match.
Freddy Fauthoux
Son précédent record en bleu ? 22 unités. «Le capitaine est sorti de sa boîte, il a fait un gros match et été efficace», salue Élie Okobo, l’autre grand bonhomme de cette partie (14 pts, 10 pds). «L’équipe a suivi son capitaine, Guerschon a joué un très bon match. Bravo à lui. Pour gagner ce genre de match, on a besoin que les leaders soient très bons», souligne Fauthoux.
Clairement, Yabusele avait envie de marquer son territoire et les esprits dans cette rencontre, montrer la voie par le jeu et pas que par les mots. On l’a tout de suite senti. Et il était déjà à 12 points à l’issue du premier quart-temps. «Par rapport à mon équipe, je me devais de montrer de l’agressivité. Aujourd’hui, j’ai fait un bon match. Ça faisait plusieurs matchs, il fallait que je sois de plus en plus agressif. Je l’avais dit avant le match. Je voulais vraiment être agressif. On a gagné, c’est le plus important», souligne l’intéressé, qui disputait son 61e match en équipe de France. Le plus expérimenté, c’est lui. Trois médailles internationales, toutes en argent (Euro 2022, JO 2021 et 2024). L’un des plus âgés aussi (29 ans). Le leader. Le guide. Du moins, c’est ce qu’on attendait de lui. Et ce qu’il avait du mal à faire jusqu’ici à l’Euro.
Discussion avec le coach
Face à l’urgence de la situation, Guerschon Yabusele a lâché les chevaux. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. «On a parlé avec le coach et avec les joueurs aussi, afin que je sois un peu plus impliqué. Je sais que c’est important pour moi d’être agressif tout le temps pour l’équipe et pour moi. J’ai essayé de trouver mon rythme, de donner de l’énergie aux gars pour qu’on avance ensemble. Ce soir, ça a été dans mon sens, mais cette victoire est le fruit du travail de tout le monde, ceux qui n’ont pas marqué, ceux qui ont marqué beaucoup… Tout le monde a apporté ce soir, y compris en défense», note-t-il.
La défense a serré la vis, notamment en seconde période. Les 23 rebonds offensifs ont fait le plus grand bien. «On a eu un Elie des grands jours. Il a mis des tirs très importants, il a mis du rythme, il défendait et essayait de parler, d’être sûr de tout organiser sur le terrain, des passes incroyables… Il a été dans un rôle différent et il a été incroyable. Sa performance a été très importante pour nous. Il y a Elie, mais aussi plein d’autres gars qui ont été très importants pour nous». Comme par exemple Jaylen Hoard (10 pts), encore précieux et «super important», dixit Yabusele, louant le «travail incroyable» de son coéquipier. «Une victoire comme celle-là, ça nous connecte tous. C’est vraiment important», résume Guersch’ Yabusele, tourné l’Islande, jeudi (14h).
Déjà qualifiés pour les huitièmes de finale, à Riga (Lettonie), les Bleus joueront la première place du groupe contre la faible équipe islandaise. On l’a dit, ce sera sans Alex Sarr. Un pépin de plus pour les Tricolores, qui ont déjà perdu Vincent Poirier au cours de la préparation, sans oublier la défection de Moussa Diabaté. Le tout alors que Victor Wembayama, Rudy Gobert, Mathias Lessort ou encore Mous Fall étaient indisponibles pour diverses raisons. Ça fait beaucoup… D’autant que le jeune (20 ans) joueur des Wizards avait montré de belles choses contre la Slovénie (12 pts).
Passer la publicitéOn sera prêts pour tout. On ne cherche pas d’excuse.
Guerschon Yabusele
Le forfait de Sarr, un casse-tête ? «Forcément. Je ne vais pas mentir, glisse l’ancien des Boston Celtics et des 76ers de Philadelphie. Il a la taille, l’envergure, ça aide en défense, et il peut s’écarter. Avec toutes ses qualités, on perd un peu, mais on est trois intérieurs (Jaiteh, Yabusele, Hoard). On va trouver un moyen. Timothé (Luwawu-Cabarrot) a fait des minutes en ailier fort. D’autres joueurs peuvent le faire. On verra en fonction de l’adversaire et des match-ups quelle sera la meilleure situation. Mais on sera prêts pour tout. On ne cherche pas d’excuse. On jouera avec les joueurs qu’on a». Pas le choix.
Une chose est sûre : les Bleus ont mis tous les ingrédients mardi. C’est rassurant, après Israël… «C’était important pour nous de montrer une autre attitude (par rapport à dimanche). On a joué avec beaucoup d’énergie, on a été concentrés tout le match et mes coéquipiers m’ont bien trouvé. J’étais le gars qui a scoré aujourd’hui, mais le plus important, c’était la victoire. On va retourner à l’hôtel, nous reposer et nous préparer pour le match contre l’Islande», martèle Yabusele, relevant que c’était «une victoire d’équipe, c’est ce dont on avait besoin». Reste à confirmer. Pas forcément jeudi, face à de faibles Islandais, mais en huitièmes et plus loin dans le tournoi si affinités.