« Les plus hautes fonctions de l’État ne sont pas un blanc-seing » : 10 mois de prison avec sursis requis contre l’ex-secrétaire d’État du MoDem, Nathalie Elimas, pour harcèlement moral

Après une fausse couche, Clara se voit reprocher un arrêt maladie par sa supérieure, Nathalie Elimas, ancienne secrétaire d’État à l’Éducation prioritaire entre 2020 et 2022. « Elle m’a reproché mon absence pour l’opération (après la fausse couche, N.D.L.R.) et m’a accusée d’avoir tout inventé », a expliqué Clara, précisant qu’ensuite l’ex-secrétaire d’État ne lui avait plus adressé la parole. « Je ne m’attendais pas à du soutien de sa part, la connaissant, mais je ne pensais pas qu’elle m’enfoncerait encore plus » explique-t-elle également.

Un épisode particulièrement traumatisant pour l’une des trois collaboratrices qui est venue témoigner à la barre, alors que Nathalie Elimas, membre du MoDem de François Bayrou était jugée devant le tribunal correctionnel de Paris pour harcèlement moral au travail. Une peine de 10 mois de prison avec sursis a été requise jeudi 3 avril. Pour sa défense, celle qui est aujourd’hui conseillère régionale en Île-de-France a affirmé qu’on « voulait (sa) tête ». Le jugement sera rendu le 16 juin.

Une amende de 10 000 euros et une peine d’inéligibilité

S’adressant au tribunal, la procureure de la République a rappelé tous les éléments constitutifs du harcèlement moral au travail, comme la répétition avérée de reproches incessants et infondés, d’injonctions contradictoires, de surveillances, de mises au banc de certains salariés. « Dans ce dossier, le harcèlement moral au travail est caractérisé », a-t-elle poursuivi.

En plus de la peine de dix mois de prison avec sursis, la magistrate a requis une amende de 10 000 euros et une peine d’inéligibilité de trois ans à l’encontre de l’ancienne secrétaire d’État (2020-2022). « Les plus hautes fonctions de l’État ne sont pas un blanc-seing pour malmener ses équipes », a sermonné la procureure, expliquant que Nathalie Elimas a « franchi la ligne entre la normale acceptable » dans un cabinet ministériel soumis à des pressions constantes, et le harcèlement moral.

Lors de cette dernière journée, comme elle l’a fait pendant toute la durée de son procès, Nathalie Elimas a nerveusement pris des notes, sans lever la tête, rapporte l’Agence France-Presse (AFP), qui précise qu’à aucun moment cette dernière n’a remis en cause son comportement vis-à-vis de ses anciens collaborateurs. « Je n’ai pas entendu de regret, pas une phrase pour les victimes », a souligné la procureure.

Nathalie Elimas était « persuadée que tout le monde était contre elle »

Un peu plus de quatre ans plus tôt, celle qui est aujourd’hui conseillère régionale en Île-de-France avait fait l’objet, en décembre 2021, d’une enquête administrative de l’Inspection générale de l’enseignement supérieur et de la recherche (IGESR), après des signalements internes concernant des « dysfonctionnements » relatifs « aux relations de travail ».

Pendant le procès, trois femmes, toutes parties civiles, ont témoigné à la barre de leur passage au cabinet Elimas où régnait, selon elles, un climat « paranoïaque ». Pauline (le prénom a été modifié) a décrit « la paranoïa permanente » de la secrétaire d’État, « persuadée que tout le monde était contre elle ».

La jeune femme a longuement décrit les injonctions contradictoires qu’elle recevait, notamment concernant la couverture médiatique de la secrétaire d’État, jalouse de celle des autres femmes du gouvernement. « Elle voulait de la visibilité, mais elle pouvait annuler une interview 30 minutes avant », « paniquée » à l’idée de se faire piéger. « Tout cela retombait sur moi », a raconté l’ex-conseillère en communication.

L’ancienne secrétaire d’État évoque une « machination »

Pour sa défense, Nathalie Elimas a affirmé qu’on « voulait (sa) tête ». « Cette procédure est née d’une machination, c’est un récit à charge basé sur des ressentis transformés en vérités officielles », avait déclaré Nathalie Elimas dans sa déclaration introductive devant le tribunal.

D’après elle, Jean-Michel Blanquer, son ministre de tutelle à l’époque, aurait mal vécu qu’Emmanuel Macron s’adresse directement à elle en Conseil des ministres et qu’il en aurait pris ombrage. Nathalie Elimas a aussi évoqué François Bayrou, patron du MoDem, qui s’était opposé selon elle à ce qu’elle fasse partie du gouvernement. « Quand François Bayrou ne veut pas quelque chose, il y a toujours une réaction à un moment », a-t-elle ajouté, suggérant que l’actuel premier ministre se serait vengé.

« Je ne sais pas s’il y a eu un complot ou pas. Je ne sais pas si c’est Blanquer ou Bayrou ou Castex », a avoué Maître Benoit Derieux, avocat de l’accusée, dans sa plaidoirie. « Mais je sais que Madame Elimas a tout perdu, son emploi puisqu’elle a été virée comme une malpropre, son investiture aux législatives, sa réputation. On n’aurait pas fait ça à un poids lourd du gouvernement », a poursuivi le conseil.

Mais pour la procureure, la thèse de la « machination » invoquée par Nathalie Elimas n’est « pas du tout crédible ». « Il y a plus facile pour se débarrasser d’un ministre que d’instrumentaliser des collaborateurs », a-t-elle fait remarquer dans son réquisitoire.

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