«Brigitte Bardot a contribué à faire rayonner Saint-Tropez dans le monde entier» et «continuera d’habiter l’âme de notre cité», a salué dimanche la ville où l’actrice française a vu éclore sa célébrité et s’y est éteinte dimanche à 91 ans. Icône du cinéma, figure intemporelle et engagée, «Brigitte Bardot restera à jamais associée à Saint-Tropez, dont elle fut l’ambassadrice la plus éclatante», a rendu hommage le petit port méditerranéen dans un communiqué. «Par sa présence et son aura, elle a marqué l’histoire de notre commune et contribué à faire rayonner Saint-Tropez dans le monde entier», poursuit le texte.
Lorsque le voyageur débarque à Saint-Tropez, il échoue inévitablement sur le port, centre névralgique du village. Ici, tout commence et s’achève autour de cette anse mythique où s’enroulent bars, restaurants et boutiques et où s’engouffre une foule ininterrompue de badauds avides d’un petit morceau d’histoire. Car la légende fascine encore, à l’image de la star locale, Brigitte Bardot et sa maison de La Madrague, au bout de la presqu’île. Son empreinte pèse sur chaque ruelle, chaque mur en stuc ocre et s’invite régulièrement dans les conversations des habitants.
Passer la publicitéÀ la sortie, en 1956, de Et Dieu… créa la femme, Bardot, Trintignant, Vadim, mais aussi le golfe tout entier, ont été propulsés dans la lumière des feux de la rampe. Une lumière tout aussi captivante que celle qui avait charmé les peintres au début du siècle et révélé l’endroit à quelques initiés. Dans les années 1950, les artistes de Saint-Germain-des-Prés, Paul Éluard, Boris Vian ou Juliette Gréco, ont suivi le même chemin pour jouir de la splendeur du site et danser toute la nuit dans des clubs de jazz improvisés.
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Tout naturellement, Christian Vadim a choisi le village pour tourner son nouveau film, une ode à la liberté et à la libération sexuelle. Marié à Brigitte Bardot, il fréquentait déjà assidûment le village où les parents de la star en devenir possédaient un appartement, rue Miséricorde. La plupart des scènes se situent ainsi sur le port, sur la minuscule plage de la Ponche où BB et Trintignant feront l’amour au milieu des filets de pêche, et dans une petite maison attenante - les intérieurs étant tournés aux studios de la Victorine, à Nice.
«Impossible de faire un pas dans Saint-Tropez après le tournage»
«Après le succès du film, il était impossible de faire un pas dans Saint-Tropez, révèle Simone. Les gens demandaient sans cesse où se trouvait la maison de Brigitte.» Elle a revendu l’hôtel La Ponche à l’automne 2020, après l’avoir dirigé et surtout occupé pendant soixante-dix-sept ans (elle y est née). Plébiscité pour sa position centrale et sa vue exceptionnelle, l’établissement a attiré de nombreuses personnalités qui y avaient leurs habitudes. Ainsi, les 21 chambres portent les noms de Brigitte Bardot (elle est revenue dix ans plus tard avec son futur mari Gunter Sachs), Romy Schneider, Catherine Deneuve, Les Pompidou, Kenzo ou Françoise Sagan, qui a occupé la même chambre épisodiquement pendant trente ans et a même écrit un livre où elle témoigne du moment où BB est tombée amoureuse de Trintignant sous ses yeux, pendant le tournage. Se contentant d’optimiser les espaces communs, les nouveaux propriétaires ont veillé à garder les chambres intactes afin de perpétuer la légende de Saint-Tropez.
En prolongeant la visite le long de la côte, on arrive au cimetière marin. Resté tel qu’il apparaît dans le film, il abrite les tombes des parents Bardot, de Roger Vadim ou Pierre Bachelet. Plus excentrique, celle de l’éditeur Eddie Barclay aimante les regards avec ses ornementations faites de disques vinyles et de CD. Juste au-dessus, la citadelle semble veiller paisiblement sur les habitants. Parfaitement conservé, comme le reste du village, ce fort du XIIe abrite un musée d’histoire maritime.
En redescendant au travers des venelles sinueuses bordées de bougainvilliers du vieux Saint-Tropez, parsemées d’adorables terrasses de restaurants ou de galeries de peinture, on tombe sur la place des Lices, qui accueillait autrefois les parties de pétanque hautes en couleur d’Eddie Barclay, Carlos ou Stéphane Collaro.
Passer la publicitéDe Bardot à Emily in Paris
En contournant le port, apparaît la mythique gendarmerie, immortalisée par Louis de Funès dans Le Gendarme de Saint-Tropez, transformée en Musée de la gendarmerie. Le musée revient aussi sur la genèse des films du gendarme. Il rappelle ainsi l’intérêt particulier des réalisateurs de cinéma pour Saint-Tropez, qui reviennent inlassablement poser leurs caméras dans ses paysages attachants. Citons Le Viager, La Cage aux folles, L’Année des méduses, La Vieille qui marchait dans la mer, La Vérité si je mens 2 ou, dernièrement, Mystère à Saint-Tropez, avec Christian Clavier et Benoît Poelvoorde, sorti en salles mercredi. Des séquences de la série américaine à succès Emily in Paris, diffusée sur Netflix, ont même été tournées.
Saint-Tropez n’attirerait pas le gratin mondial sans la magnifique baie de Pampelonne. Située de l’autre côté de la presqu’île, sur la commune de Ramatuelle, elle s’étend sur 4,5 kilomètres de sable blanc, loin de toute construction en béton. En 1947, l’ethnologue Bernard de Colmont l’a découverte à l’occasion du tournage d’un documentaire sur le transport d’oranges. Il s’y est installé en 1948, investissant une cabane de pêche avec sa femme et ses enfants. «Un jour, l’équipe de Et Dieu… créa la femme, qui tournait dans les parages, lui demanda: “Pouvez-vous cuisiner pour 80 personnes pendant quinze jours?” explique son fils Patrice de Colmont. Ma mère a accepté parce que cela l’amusait.» Après le film, Vadim, Trintignant et Bardot ont continué à venir, croyant que l’endroit était vraiment un restaurant. Le Club 55 est né de ce quiproquo et a perduré jusqu’à nos jours, séduisant les stars, les chefs d’État comme les anonymes grâce à un cocktail d’élégance et de simplicité. Pour la petite histoire, sachez que le bar de plage du club a été construit autour du pointu original qui a brûlé dans le film!
Par bonheur, en revisionnant le film emblématique de Roger Vadim, on se rend compte que la presqu’île a su garder son visage d’antan et sa douceur de vivre. Ceci en protégeant farouchement son littoral, sa végétation et ses vieilles pierres. Revenir à Saint-Tropez, c’est un peu revenir aux premiers jours de la création d’un monde.