De quels repères dispose-t-il sur les pavés ?
Tadej Pogacar, le leader de l’équipe UAE Team Emirates avait surpris ses rivaux et les spectateurs lors du Tour de France 2022 quand, lors de la 5e étape (Lille-Arenberg), il avait pris le tapis de pavés comme terrain de jeu et avait contraint l’équipe Jumbo Visma à une poursuite infernale. Jonas Vingegaard avait vécu une journée en enfer, avait terminé tracté par Wout van Aert, sauvé ce qui pouvait l’être mais avait terminé à bout de souffle, frappé par l’audace et la virtuosité d’un acrobate. Un fin pilote. Pogacar roule vite, grimpe, résiste au froid, à la pluie, au vent. Il sait tout faire, partout. Il se joue des pièges que posent les terrains accidentés (il a dompté à trois reprises les pierres blanches des Strade Bianche, en 2022, 2023 et 2025). Sa polyvalence, son envie et la force de son équipe (Tim Wellens, Mikel Bjerg, Antonio Morgado…) seront de précieux atouts dans le défi du printemps.
Pourquoi crée-t-il l’événement ?
Les candidats à la victoire finale sur le Tour de France ont, depuis Miguel Indurain au début des années 1990, pris l’habitude de fuir les classiques. Le dernier vainqueur du Tour de France venu se hasarder au départ de Paris-Roubaix lors du printemps suivant son titre sur les Champs-Elysées est Greg LeMond (55e en 1991). Le dernier lauréat du Tour titré sur Paris-Roubaix se nomme Bernard Hinault, en 1981, avec le maillot de champion du monde sur le dos… Seuls 4 vainqueurs du Tour se sont invités sur la « Reine des classiques » au 21e siècle (Carlos Sastre en 1998, Chris Froome en 2008, contraints à l’abandon ; Bradley Wiggins 9e en 2014 ; Geraint Thomas 7e en 2014)… Loin de la réussite des Fausto Coppi, Louison Bobet, Felice Gimondi ou Eddy Merckx… La rareté créée l’événement. La présence de Tadej Pogacar élargit le cadre. La curiosité se répand déjà comme une traînée de poudre. Le Slovène cristallisera les regards.
Est-ce dangereux ?
Oui. Toutes les courses recèlent leur part de dangers. En fonction des conditions climatiques, du revêtement, de la nervosité la chute rôde, menace. Mais sur Paris-Roubaix le danger est aggravé. Que l’épreuve se déroule sur un tapis de poussière ou dans la boue, Paris-Roubaix est une course hors du temps qui éprouve les corps et les machines, puisse sa force, sa magie et sa fascination dans le respect qu’elle inspire à ceux qui osent venir s’y frotter. Ce jour-là, plus qu’aucun autre, terminer est une petite victoire. L’encadrement de l’équipe UAE Team Emirates va vivre quelques nuits agitées avant l’événement, puis retenir son souffle et traverser la journée en apnée. En espérant que Tadej Pogacar reste cramponné à son vélo et ne compromette pas la suite de son programme (Tour de France, Vuelta, Mondiaux notamment). Tadej Pogacar connaît les risques, il fonce. En 2023, tombé lors de Liège-Bastogne-Liège, relevé avec une double fracture du poignet gauche, le Slovène avait in extremis pu s’aligner au départ du Tour mais, insuffisamment remis, n’avait pas été en mesure de contrarier Jonas Vingegaard. Conscient du danger mais débordant d’envie Tadej Pogacar s’avance. À 26 ans, il compte 7 Monuments (Liège-Bastogne-Liège 2021, 2024 ; Tour de Lombardie 2021, 2022, 2023, 2024 ; Tour des Flandres 2023) à son palmarès et en veut davantage. Par goût du jeu, du défi et pour marquer l’histoire. Milan-San Remo (3e) lui a encore échappé, il s’attaque à Paris-Roubaix. « C’est fort, culotté », salue Christian Prudhomme, directeur du Tour de France et de Paris-Roubaix.
Peut-il s’imposer ?
Oui. Il avait triomphé lors de sa première apparition sur le Tour de France (en 2020). Rien ne lui fait peur. Passé aux rayons X (1,76 m pour 66 kg), le Slovène n’affiche pas les standards des spécialistes des classiques. Paris-Roubaix célèbre la puissance et l’endurance. La répétition des secteurs pavés (55,3 km en 30 secteurs) pourrait peser, user son physique, taper sur son moral, éteindre à petit feu son envie. Lors du final haletant de Milan-San Remo, le contraste était saisissant entre Mathieu Van der Poel, larges épaules, buste large, cuisses d’airain et Tadej Pogacar qui paraissait presque frêle. Mais il a un sens inné de la course et du pilotage qui lui offrira de figurer dans la petite liste des favoris.
Quels seront ses principaux rivaux ?
Le Néerlandais Mathieu Van der Poel (lauréat en 2022 et 2024 ; 3e lors de sa première apparition en 2021) accompagné de son équipier belge Jasper Philipsen chez Alpecin-Deceuninck et le Belge Wout van Aert (Team Visma Lease a bike ; 2e en 2022, 3e en 2023) se détachent parmi les principaux favoris pour venir contrarier les desseins du prestigieux débutant. Rares sont ceux qui se sont imposés lors de leur première participation, Frédéric Guesdon (le dernier vainqueur français, en 1997) fait partie de ceux-là. L’intrépide Tadej Pogacar veut dépoussiérer l’histoire…