Comment naît l’attachement à une matière ? Certaines fois, c’est une histoire de transmission, d’autres fois, il s’agit d’un coup de cœur, d’une rencontre marquée par l’évidence. Ou encore d’une lente découverte, année après année. Entre Laure Amoros et le bois, il y a un peu de tout cela : il y a dix ans, elle a fondé Oros, un label de création français explorant les mille facettes de ce matériau. Qu’elle développe des objets pour le quotidien, édite du mobilier de designer ou qu’elle se mette en quête de pièces uniques d’artisans, la jeune femme de 33 ans a une ambition : « Placer le bois et sa multitude de possibilités au cœur de la maison. »
Son amour pour ce matériau a vu le jour entre les oliviers et les buis du sud de la France, à Béziers, dans l’atelier de Roger, son père. Menuisier amateur, celui-ci passe son temps libre à sculpter, tourner et assembler le bois. « C’est plus qu’un passe-temps, raconte la trentenaire. Il fabrique des objets qui expriment son esthétique, mais qui répondent aussi à un vrai besoin. Il manque un tabouret ou une table basse ? On les fabrique. Comme ma mère avec la céramique, mon père a ce rapport immédiat à l’objet, transformant les essences locales ou le bois à disposition. »
C’est un peu plus tard, alors qu’elle commence des études de communication à Paris, que lui vient l’envie de se reconnecter à ce matériau d’enfance. En 2015, elle lance Oros, initialement comme un « média en ligne ». D’ailleurs, son site internet est toujours une mine d’informations pour s’instruire sur le chêne-liège ou le bois cintré. « Je cherchais à nourrir ma propre curiosité, à comprendre le rôle du bois dans le design, la gastronomie, l’artisanat… », raconte cette autodidacte assumée qui dévore alors livres et revues, pousse les portes des ateliers d’artisans et des bureaux de designers, et va jusqu’à éditer des objets.
Sortie cet automne, la nouvelle collection d’Oros, baptisée « Torsades », s’inspire des pieds tournés du mobilier du XVIIe siècle. Coquetier, plat, moulin à épices, boîte… cette série en chêne et hêtre, fabriquée dans une petite manufacture du nord de l’Italie, se veut « accessible et fonctionnelle ».
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Laure édite aussi des pièces uniques ou en petite série nées de sa complicité créative avec des designers. Comme un sculptural miroir en noyer ou châtaignier imaginé par le Marseillais Axel Chay. Ou une étagère signée par la créatrice Sacha Parent. « Un meuble incroyable par sa simplicité structurelle, ses trois planches de bois massif ne tenant qu’avec de la paille de seigle, sans vis ni colle », s’enthousiasme-t-elle. En ce mois de novembre sortira une sélection née de sa récente fascination pour la laque urushi, technique japonaise où la sève sert de couche protectrice.
Après des années à Marseille, Laure Amoros vient de s’installer à Bastia, entourée d’objets venus de l’atelier familial : des spatules, des planches à découper, une bibliothèque… Et surtout, une coupe sculptée dans le bois du grand cerisier du jardin, aujourd’hui disparu. « Je mangeais ses cerises, désormais cette coupe m’accompagne au quotidien, toujours à portée de vue. » Comme une histoire qui ne s’arrêtera jamais.
La collection Torsades, et des objets en laque japonais et européens seront présentés dans la boutique éphémère d’Oros à Paris, du 11 au 14 décembre (Le Petit Prieuré, 5, rue du Grand-Prieuré, 11e). Oros. design