Ils sont de retour. Après quelques semaines d'accalmie dans le ciel européen, de nouveaux survols de drones non identifiés ont été signalés près d'aéroports ou de sites militaires de plusieurs pays de l'Union européenne (UE) entre le 31 octobre et le 6 novembre. Comme pour les précédents signalements, la piste d'une opération d'ingérence étrangère et de déstabilisation commanditée par la Russie est envisagée par les autorités. Mais aucun appareil ni pilote n'a été intercepté.
Franceinfo a actualisé sa liste non exhaustive des principaux lieux où des drones ont été signalés, provoquant souvent des perturbations. Les incursions de drones militaires russes dans l'espace aérien de la Pologne et de la Roumanie ne sont pas incluses, car les engins et leur émetteur sont clairement identifiés.
La première vague de survols de drones non identifiés dans l'UE avait été observée entre le 15 septembre et le 4 octobre. Elle concernait principalement le Danemark, où six aéroports avaient vu leurs vols perturbés par des engins non identifiés, et trois sites militaires avaient été approchés ou survolés. L'Allemagne, la Norvège, la Belgique, et dans une moindre mesure la Suède, la Pologne et la Lituanie étaient également concernées.
Les incidents se multiplient en Belgique
Cette fois, c'est la Belgique qui est la plus survolée. De premiers drones suspects ont été signalés au-dessus de la base aérienne de Kleine-Brogel (nord-est) le 31 octobre, puis le 1er novembre. "Il est strictement interdit de faire voler des drones au-dessus des quartiers militaires. La Défense doit tout mettre en œuvre pour abattre ces drones", a insisté le ministre de la Défense belge, Theo Francken.
"Il ne s'agissait pas d'un simple survol, mais d'une mission claire visant Kleine-Brogel", a affirmé Theo Francken sur X au sujet de la deuxième apparition. Le ministre évoque trois signalements de drones, "de type plus grand" et volant "à plus haute altitude" que le 31 octobre. "Un hélicoptère de la police et des véhicules de patrouille ont poursuivi un drone, mais ont perdu le contact", ajoute le responsable.
Trois jours plus tard, ce sont trois sites différents qui sont approchés. L'aéroport de Bruxelles-Zaventem et celui de Liège interrompent leurs vols à deux reprises le 4 novembre au soir, après deux signalements successifs d'engins volants. Le trafic a pu redémarrer progressivement en fin de nuit, mais des dizaines de vols commerciaux ont dû être annulés. Des "points lumineux dans le ciel qui s’apparentent à des drones" ont également été aperçus le même soir, peu avant 20h30, au-dessus de la commune de Florennes et à proximité de la base aérienne, qui héberge les avions de chasse F-35 récemment acquis par la Belgique, selon le bourgmestre cité par la RTBF.
Puis rebelote : les vols sont de nouveau brièvement interrompus jeudi 6 novembre à Bruxelles-Zaventern et Liège, puis brièvement à Liège le 7 novembre au matin, rapporte le média belge Het Laatste Nieuws, citant le gestionnaire national du trafic aérien. Jeudi, le Premier ministre belge Bart De Wever avait convoqué en urgence un conseil national de sécurité au sujet des survols.
Des aéroports allemands et suédois concernés
L'Allemagne n'est pas épargnée non plus : au moins trois survols suspects ont été enregistrés depuis la fin octobre. Les décollages et atterrissages ont été interrompus deux heures à l'aéroport de Berlin-Brandebourg dans la soirée du 31 octobre. La police locale a été informée de la présence d'un drone et a déployé une voiture de patrouille, qui a pu voir l'appareil, mais n'a pas pu identifier son opérateur.
Puis les décollages et atterrissages ont été suspendus un peu plus d'une heure à l'aéroport de Brême le 2 novembre, à cause d'un survol de drone d'origine inconnue "aux abords immédiats de l'aéroport", selon la police citée par l'AFP. Enfin, les vols à l'aéroport d'Hanovre ont été suspendus un peu moins d'une heure le 6 novembre après un signalement de drones à proximité, selon la police fédérale citée par l'agence allemande DPA.
Le 8 octobre, après la première vague de survols, le gouvernement allemand a présenté des amendements législatifs pour autoriser sa police à abattre les drones menaçants et à créer un "centre de défense anti-drones". Le 6 novembre, l'Allemagne avait annoncé qu'elle allait venir en aide à la Belgique pour contrer les survols de drones. "A la demande de la Belgique (…), la Bundeswehr [l'armée allemande] soutiendra à court terme notre pays voisin en lui fournissant des capacités de lutte contre les petits systèmes aériens sans pilote", avait déclaré le ministère de la Défense allemand dans un communiqué.
Enfin, dans l'ouest de la Suède, au moins un "drone" a été signalé le 6 novembre, peu avant 18 heures locales près de l'aéroport de Göteborg-Landvetter, qui a interrompu ses vols pendant près de trois heures, selon les autorités et l'opérateur aéroportuaire. Plusieurs vols ont été annulés, retardés ou déroutés.
Toujours aucun drone retrouvé
Comme pour tous les signalements de drones suspects de la première vague (sauf un), aucun appareil n'a été intercepté, ni aucun pilote interpellé. Les drones non identifiés sont potentiellement des engins vendus librement dans le commerce, ce qui complique l'identification d'un commanditaire.
Ces incidents sont-ils coordonnés, et si oui, qui se cache derrière ? Le ministre de la Défense belge a évoqué une opération coordonnée menée par "des professionnels" pour semer "la panique" et "déstabiliser" la Belgique. Mais il a refusé de pointer du doigt un des principaux suspects : la Russie de Vladimir Poutine, habituée des opérations d'ingérence étrangère et de déstabilisation. Le chancelier allemand Friedrich Merz avait pris moins de pincettes début octobre, affirmant que la Russie est "probablement" derrière les "tentatives de déstabilisation" que représentent les alertes aux drones.
L'UE veut renforcer ses défenses avec un "mur" antidrones, qui doit être pleinement opérationnel d'ici à 2027. Celui-ci doit toutefois être d'abord mis en œuvre dans les pays les plus proches de la frontière russe avant d'être étendu à d'autres Etats membres, selon la proposition de la Commission européenne dévoilée mi-octobre. Le projet se heurte également à plusieurs obstacles politiques et économiques.
Reste que tous les signalements ne se valent pas. L'Allemagne avait dénombré 144 survols de drones aux alentours d'aéroports en 2025 avant même la première vague de survols suspects, sans qu'ils ne provoquent la même inquiétude, citait Euronews en septembre. Au Danemark, l'aéroport de Billund a été fermé pendant une vingtaine de minutes le 26 septembre à cause d'un soupçon de survol de drone, mais l'"engin" repéré n'était en fait qu'une étoile dans le ciel, d'après la chaîne d'information danoise TV 2 News. La police norvégienne a également classé sans suite l'enquête sur les signalements de drones autour de l'aéroport d'Oslo le 23 septembre, expliquant ne pas avoir "été en mesure de confirmer ou d'infirmer si des drones ont effectivement été observés", selon Reuters.
La France n'a toujours pas été le théâtre de vols suspects. La base militaire de Mourmelon-le-Grand (Marne) a bien été survolée par des drones non identifiés dans la nuit du dimanche 21 au lundi 22 septembre, mais la délégation militaire départementale a déclaré qu'il s'agissait de petits engins et qu'"aucun élément ne permet de penser pour le moment qu'il puisse s'agir d'une ingérence étrangère", rapportait à l'époque France 3 Grand Est.