Présentée au domaine de la Garenne Lemot, une installation de l’artiste conceptuel américain, décédé en 2022, a été pulvérisée par un chêne centenaire. À Nantes, une autre installation de l’artiste doit être démontée en 2027.
Passer la publicité Passer la publicitéQui veut la peau des œuvres de l’art conceptuel en Loire-Atlantique ? Une installation de l’artiste américain Dan Graham (1942-2022), présentée depuis une trentaine d’années près de Clisson, en Loire-Atlantique, sur le domaine de la Garenne Lemot a été victime d’un accident. L’œuvre d’art, intitulée Pergola/Two-Way Mirror Bridge for Clisson, a été écrasée le 21 novembre dernier. Créée en 1989, l’installation en verre, métal et aluminium dressée au-dessus d’un bassin, n’a pas résisté à la chute d’un chêne centenaire, déraciné lors du passage de la tempête Caetano. Un coup du sort, alors qu’une autre œuvre de l’artiste, figure internationale de l’art conceptuel, doit être démontée, dans le centre-ville de Nantes.
Sollicité, le Fonds régional d’art contemporain (Frac) des Pays de la Loire confirme la destruction de l’œuvre rapportée en fin de semaine dernière par nos confrères de Presse Océan . Pergola était entré en 1992 dans les collections du Frac, avant d’être confié en dépôt, depuis 2006, au département de Loire-Atlantique, qui administre le domaine de la Garenne Lemot. «Nous envisageons bien sur une restauration», précise la direction du Frac. Aucune précision sur le calendrier de l’opération n’est pour l’instant disponible. «L’œuvre reste à terre le temps que les assurances fassent leur constat. L’expert ainsi qu’une restauratrice sont déjà venus et les négociations sont en cours», ajoute le département de Loire-Atlantique.
Conflit à Nantes
L’installation de Dan Graham détruite l’automne dernier, était emblématique des structures en pavillon qu’appréciait l’artiste, soit des formes «hybrides, entre le pavillon architectural pseudo-fonctionnel et la sculpture». L’œuvre, large de 3 mètres environ, a été conçue lors d’un séjour au domaine, à proximité immédiate d’une rivière traversant un bosquet. «Empruntant le vocabulaire de la sculpture minimale, la forme géométrique s’allie à la transparence et à la verdoyance du parc surplombé par un jeu de miroirs révélant ainsi son propre environnement», indique un dossier pédagogique du Frac.
Quelques années plus tard, Jean-Marc Ayrault inaugurait en 1994, à Nantes, dont il était alors le maire, une seconde installation de Dan Graham en Loire-Atlantique. Baptisé Nouveau labyrinthe, l’œuvre s’est détériorée plus rapidement que prévu au goût de la municipalité, qui a fait condamner l’artiste pour malfaçon, en 2006. La ville de Nantes envisage désormais de démonter l’installation en 2027, dans le cadre du réaménagement et de la végétalisation de la place où elle est présentée depuis plus de 30 ans, le long du quai de la Fosse.
Cette perspective morfond les ayants droit de Dan Graham, qui doivent également assister au démontage d’une autre installation de l’artiste, à La Rochelle. «Quand on n’entretient pas, on crée fatalement du désamour. Quand une œuvre est enlaidie et qu’on ne fait rien pour y remédier, elle est incomprise du public car elle ne ressemble plus à de l’art», se désolait en février Johanna Wistrom-Monnier, codirectrice de la Fondation Dan Graham, auprès de nos confrères du Monde .