Dans une grotte du Lot des auteurs de BD expérimentent de l’art pariétal contemporain

Des auteurs de bande dessinée se sont emparés d'une grotte du Quercy dans le Lot, territoire aux nombreuses cavités décorées à la préhistoire, pour une « expérimentation d'art pariétal contemporain » immortalisée dans un album puis un documentaire présenté jeudi au festival d'Angoulême. « Quand on tend la main vers la paroi d'une caverne, on est un géant qui caresse la surface d'une planète, on voit passer des montagnes, des rivières », décrit Emmanuel Guibert.

Il est l'un des heureux dessinateurs à avoir participé à cette aventure humaine et picturale, consistant à se transformer en « peintres rupestres » pour entrer en résonance avec les lointains artistes de la préhistoire. Et c'est ainsi qu'il relate l'expérience, dans le film Rupestres du chercheur et documentariste Marc Azéma, projeté jeudi soir, lors de la grand-messe de la BD célébrée en Charente. « On peint à même la vie, on a l'impression de dessiner sur le relief de nos existences, sur nos épidermes », dit-il encore.

À la fin du brûlant été 2022, ils sont sept auteurs de BD à s'être enfermé six à sept heures par jour dans une grotte de la vallée de la Sagne, en plein cœur du parc naturel régional des Causses du Quercy, pour cette résidence d'artistes d'un genre inédit.

Cette photo prise le 28 janvier 2025 à Lentillac-du-Causse, montre des dessins réalisés en 2022 dans une grotte par sept designers : Chloé Cruchaudet, Edmond Baudoin, David Prudhomme, Emmanuel Guibert, Etienne Davodeau, Pascal Rabate et Troubs. LIONEL BONAVENTURE / AFP

« Un Appel à grotte »

Le séjour sonnait comme l'aboutissement d'une démarche initiée par le dessinateur David Prudhomme qui, fasciné par l'art préhistorique, avait invité, quelque dix ans plus tôt, des copains dessinateurs comme Étienne Davodeau, Pascal Rabaté ou Troubs, à un road trip des grottes ornées du Sud-Ouest. Après ce premier épisode immortalisé dans une BD elle aussi intitulée Rupestres, ils « ont lancé sur les réseaux un “ appel à grotte ” », raconte à l'AFP Patricia Monniaux, chargée de mission culture au sein du parc régional.

C'était « un peu comme une bouteille à la mer, qui disait: ce serait génial de poursuivre cette aventure par une expérimentation grandeur nature... Ce n'est pas tombé dans l'oreille d'une sourde », sourit celle qui leur a donc dégoté l'endroit.

Arrivés pour dix jours, ils ont d'abord été « émerveillés par toute cette surface à peindre et un peu impressionnés aussi », se souvient la responsable du parc. D'autant que le défi consistait également à n'utiliser que des pigments naturels et la seule lumière des frontales. « Une fois à l'intérieur de la grotte, c'était comme une espèce de grande vague sur laquelle nous étions les surfers », raconte dans le film la dessinatrice Chloé Cruchaudet.

Cette photo prise le 28 janvier 2025 à Lentillac-du-Causse, montre des dessins réalisés en 2022 dans une grotte par sept designers : Chloé Cruchaudet, Edmond Baudoin, David Prudhomme, Emmanuel Guibert, Etienne Davodeau, Pascal Rabate et Troubs. LIONEL BONAVENTURE / AFP

Alphabet du dessin

Dans le boyau d'une soixantaine de mètres, chacun s'est laissé porter par les reliefs et les ombres: des chouettes, des éléphants, une forêt, des faunes malicieux ou effrayants, ont surgi, ou encore une nurserie de fœtus côtoyant des gisants sur lit de pierre, pour aboutir, au fond de l'intestin minéral, à une impressionnante silhouette de femme peinte par Rabaté rappelant les tableaux de Gustave Klimt, lovée dans une canopée d'arbres fruitiers.

Habitués à la solitude de leurs ateliers et à la surface plane de leurs planches, les artistes ont retrouvé dans la caverne lotoise « le grand dessin », un « dessin qui engage tout le corps », selon les mots de Davodeau, dit l'auroch, son surnom au sein d'une tribu qui compte également Bison sensible (Prudhomme), Chafouin (Rabaté) ou Pipistrelle (Cruchaudet). « Un dessin qui tente de nous reconnecter aux gens qui ont dessiné dans cette vallée magnifique il y a 25 à 30 000 ans », explique-t-il encore.

À quelques centaines de mètres de leur grotte, les homo sapiens dessinateurs du 21e siècle sont d'ailleurs allés à la rencontre de leurs ancêtres dans celle de Pech-Merle qui abrite, sur ses parois ouvertes au grand public, quelque « 800 motifs » dont « les chevaux ponctués, un des panneaux célébrissimes de l'art préhistorique en Europe », selon son conservateur, Bertrand Defois.

« On est confronté à ce qu'est l'humanité dans ce qu'elle a de plus ancien, de plus simple et en même temps de plus profond », souligne David Prudhomme. « On utilise toujours ces mêmes trois petites briques : des traits, des points et des taches pour raconter le monde d'aujourd'hui », explique-t-il à l'AFP, ajoutant : « Cette permanence de l'alphabet du dessin, c'est une chaîne ininterrompue, troublante (par laquelle) on est des collègues malgré tout, à travers les âges ». Le récit de l'expérience constitue la trame d'un nouvel album collectif, Pigments, sorti en novembre.

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