Dossier 137, Des preuves d’amour, Eleanor the Great... Les films à voir cette semaine

Dossier 137 - À voir

Policier de Dominik Moll, 1h55

Dans Dossier 137, Stéphanie marche sur un fil dès le début de la procédure. Elle est enquêtrice à l’IGPN, la police des polices. En ce décembre 2018, les manifestations de « gilets jaunes » dégénèrent sur les Champs-Élysées. À la violence d’une partie de cette « France des ronds-points » répond celle de certaines forces de l’ordre. Stéphanie traite des bavures, comme ce tir de représailles d’un CRS, coupable d’avoir lancé un pavé sur la foule. Au substitut du procureur, elle évoque des circonstances atténuantes. Son commandant venait de se faire déchiqueter le visage par un pavé sous les applaudissements des manifestants. Le dossier 137 va mettre à l’épreuve sa soif de justice et sa compétence de policière. Dominik Moll signe un film d’enquête, captivant, avec ses fausses pistes, ses rebondissements, et en son cœur une silhouette mystérieuse à la fenêtre d’un hôtel, susceptible d’être un témoin oculaire le soir du drame. Léa Drucker est impressionnante en enquêtrice à fleur de peau, très professionnelle et pourtant capable d’empathie, ce mot qui semble désigner une maladie. É.S.

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Des preuves d’amour  - À voir

Comédie dramatique d’Alice Douard, 1h37

Elles s’aiment. Elles ont raison. Elles attendent un enfant. C’est le moment. Printemps 2014 : la loi Taubira sur la PMA vient d’être votée. Céline pourra donc adopter le bébé que porte Nadia. Plus facile à dire qu’à faire. La procédure relève du parcours du combattant. La bureaucratie garde ses vieux réflexes de paperasserie, habituée à se perdre en arguties. Il faut réclamer des lettres à ses proches, recueillir des témoignages, jurer qu’on sera à la hauteur. Tout cela est usant. Le quotidien a des effets sur ce couple au féminin. Nadia travaille à l’hôpital. Céline est DJ. Elles rendent visite à un médecin débutant et maladroit. Les questions qu’il leur pose ! Le pauvre se confond en excuses. L’échographie montre qu’il s’agira d’une fille. Elle n’est pas encore là. Elle prend déjà de la place. On voit l’écart se creuser entre elles. Nadia soupire. Céline s’interroge. Des preuves d’amour évite le mélodrame, contourne l’écueil du sujet de société. La vie circule sur l’écran. Alice Douard filme sur le vif, avec une rare intelligence. Ce premier long-métrage tranche sur la médiocrité générale, avec des sourires et un haussement d’épaules, une liberté communicative. É.N.

Running Man- À voir

Thriller de Edgar Wright, 2h14

Dans un futur indéterminé mais proche, un candidat de téléréalité accepte de participer à une chasse à l’homme filmée en direct pour un programme star diffusé dans toute l’Amérique. S’il gagne, ce concurrent deviendra riche. Ce qui n’est encore jamais arrivé. Animé par un présentateur vedette, le show assure au Network diffuseur un pouvoir médiatique fort et une mainmise sur la population. Arme suprême du pouvoir, le Network est dirigé par le charismatique mais impitoyable Dan Killian (Josh Brolin). Ben Richards (Glen Powell, découvert dans Top Gun Maverick ou Twisters) , un père aux abois dont la petite fille est atteinte de la grippe, décide de s’engager dans cette compétition mortelle. Pendant trente jours il devra fuir les redoutables « chasseurs » lancés sur sa piste... et activement aidés par une population encouragée à la délation. Le réalisateur de Shaun of the Dead adapte une nouvelle fois Stephen King et livre un « action movie » trépidant, inventif, qui remplit parfaitement son contrat. O.D.

Eleanor the Great - On peut voir

Drame de Scarlett Johansson, 1h38

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Nonagénaire sarcastique et dynamique, Eleanor (June Squibb) vit en Floride avec sa meilleure amie, Bessie. Inséparables depuis sept décennies, ces veuves partagent le même appartement, dorment dans des lits jumeaux et se soutiennent lorsque les fantômes du passé ressurgissent. Comme ceux de Bessie, survivante de la Shoah. Un jour, le cœur de Bessie cesse de battre. Incapable d’affronter la solitude, Eleanor emménage à New York chez sa fille divorcée Lisa (Jessica Hecht), malgré leur relation électrique. Pour ne pas qu’elle s’ennuie, Lisa inscrit June à un cours de chant au centre communautaire juif. Sauf qu’un peu perdue, June se trompe de salle et se retrouve accueillie dans un groupe de parole de rescapés de l’Holocauste. June s’approprie alors l’histoire de Bessie et la raconte comme si c’était la sienne. Son témoignage touche une jeune étudiante en journalisme, Nina (Erin Kellyman), qui souhaite l’écrire. Voici Eleanor prise dans un engrenage mensonger improbable. Pour ses débuts de réalisatrice, Scarlett Johansson, l’actrice la plus profitable de Hollywood, propose Eleanor the Great. Une comédie douce-amère à la mise en scène sobre et classique qui cache un sujet et des questions morales épineuses. C.J.

Wicked II - On peut voir

Comédie musicale de Jon M. Chu, 2h18

Sorti en salle l’an passé, le premier volet a décroché deux Oscars et huit nominations et est devenu l’adaptation de comédie musicale la plus lucrative jamais produite. Plus de 800.000 spectateurs sont tombés sous le charme de l’amitié tourmentée entre Elphaba, magicienne à la peau verte et souffre-douleur de ses condisciples, et Glinda, sa camarade égocentrique et superficielle, toujours drapée de rose, qui la prend sous sa protection. Le chemin des jeunes femmes avait irrémédiablement divergé. Ayant compris que le magicien d’Oz (Jeff Goldblum) était un imposteur, qui avait réduit les animaux au silence, Elphaba (Cynthia Erivo) s’est transformée en rebelle et une fugitive. Glinda (Ariana Grande) est devenue, malgré elle, le visage de la propagande du magicien, incarnant tout ce qui est juste et beau à Oz. Elle vit au palais de la Cité d’Émeraude et profite de tous les avantages de sa célébrité et mission publique : diadème, fausse baguette magique et carrosse volant compris. Ignorant les raisons de la défiance d’Elphaba, Glinda rêve de réconcilier son amie avec le magicien. Toujours derrière la caméra, le réalisateur Jon M. Chu signe, avec Wicked II, une suite sombre et tourmentée. Ce que Wicked II perd en légèreté et en rythme, le film le rattrape en force d’interprétation. Cynthia Erivo et Ariana Grande portent ce dénouement à bout de bras et de voix. C.J.

Pompei Sotto le nuvole - On peut voir à la rigueur

Documentaire de Gianfranco Rosi, 1h55

Dans Sotto le nuvole, le documentariste multiprimé Gianfranco Rosi (lion d’or avec Sacro GRA, ours d’or avec Fuocoamare, sur Lampedusa) filme le Vésuve en noir et blanc. Un portrait très peu éruptif de la baie de Naples à l’ombre du volcan à travers divers personnages et autant de vignettes. Un procureur qui traque les tunnels des pilleurs de tombes, un vieil homme qui fait du soutien scolaire à des enfants, un pompier d’un centre d’appels qui rassure la population, des archéologues japonais qui fouillent la Villa Augustea. Un cinéma passe des extraits de film (Les Derniers jours de Pompéi, Voyage en Italie) devant des fauteuils vides avant de finir à l’abandon. Une poétique des ruines sans aspérité. É.S.

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Jean Valjean - À éviter

Drame d’Éric Besnard - 1h38

Il marche, hagard, dans un village après une longue errance. Toutes les portes se ferment, les unes après les autres, sauf une : celle d’un évêque au cœur pur qui l’accueille et l’écoute. Et ainsi la lumière fut dans l’âme de Jean Valjean, cet ex-bagnard qui ne savait plus qu’on pouvait aimer. Après Robert Hossein ou Claude Lelouch, Éric Besnard se saisit du personnage le plus célèbre de Victor Hugo. Ou, pour être plus exact, de ses tout premiers pas dans le roman. Plutôt que d’embrasser sa trajectoire, qui fait le sel des Misérables, le film met en scène sa rédemption originelle. Une matière riche en tension dramatique, moins en péripéties. Le réalisateur s’essaie alors à retranscrire les sensations physiques, psychologiques de l’homme aux abois. Une bonne intuition pénalisée par les choix de mise en scène qui, à défaut de la réinterpréter, souligne l’action avec l’expressivité d’un tambour d’infanterie. Rendons à Grégory Gadebois le mérite de composer un Valjean poignant, de rendre visible cette « tempête sous un crâne » chère à Hugo, dont le grand roman aura le droit à une nouvelle adaptation en 2026 par Fred Cavayé, avec Vincent Lindon en forçat. B.P.

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