Dans l’affaire de la mort d’El Hacen Diarra, décédé dans la nuit du mercredi 15 au jeudi 16 janvier dans le commissariat du XXe arrondissement de Paris, le parquet de Paris a annoncé, lundi 19 janvier avoir ouvert une information judiciaire pour violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné la mort. Un juge d’instruction va donc désormais enquêter sur les circonstances de la mort de ce Mauritanien de 35 ans.
Une décision qui arrive trop tard, pour l’avocat de la famille du défunt, Maître Yassine Bouzrou. « La saisine tardive d’un juge d’instruction, cinq jours après le décès de monsieur El Hacen Diarra, ne saurait masquer l’inaction coupable du parquet, a-t-il déclaré au micro de franceinfo, lundi soir. Cinq jours pendant lesquels la vérité a été étouffée, les preuves laissées à l’abandon, et la famille tenue à l’écart. Le comportement de la procureure de Paris dans ce dossier est inadmissible. »
Dimanche, des centaines de personnes s’étaient réunies dans le 20e arrondissement à l’appel de la famille d’El Hacen Diarra pour que « la vérité éclate et que justice soit faite », avait lancé le grand frère du défunt, Ibrahima Diarra, devant un parterre de citoyens, de responsables du secteur associatif et d’élus de gauche venus soutenir la famille.
« Il a été tabassé ici et il est mort ensuite au commissariat »
Jeudi 15 janvier, aux alentours de 21 h 30, El Hacen Diarra sort du foyer de travailleurs migrants où il réside depuis quatre ans. À l’angle de la rue des pruniers et de la rue Fernand Léger dans le XXe arrondissement de Paris, l’homme de 35 ans originaire de Mauritanie avait pour habitude de s’offrir ce moment de détente. Ce soir-là, la police passe et le soumet à un contrôle.
« Il a été tabassé ici et il est mort ensuite au commissariat », relatait Ibrahima Diarra dimanche. « Grâce à un voisin qui a tout filmé nous avons une vidéo qui montre la violence de l’interpellation et notre avocat Yassine Bouzrou l’a faite authentifier », poursuivait-il.
En effet, une vidéo a notamment été filmée par des voisins au moment de son interpellation devant le foyer de travailleurs migrants où il résidait. Circulant sur les réseaux sociaux, on y distingue deux policiers, dont l’un, à genoux, donnant deux coups de poing en direction d’un homme plaqué au sol. Selon l’analyse du son réalisée par la famille du défunt, on entend aussi El Hacen Diarra crier : « Vous m’étranglez ! »
Mais les policiers donnent une toute autre version. Selon le parquet, ils auraient interpellé El Hacen Diarra parce qu’« il roulait un joint de cannabis ». L’homme se serait alors « rebellé et les policiers ont été contraints d’utiliser leur pistolet à impulsion électrique, en mode contact au niveau du mollet, pour le maîtriser ». Toujours d’après le parquet, il a ensuite chuté au sol, entraînant les deux policiers. Jusqu’à maintenant, l’enquête était ouverte pour recherche des causes de la mort et confiée à l’IGPN, la police des polices.
Des conclusions d’examens complémentaires « ne seront pas disponibles avant plusieurs semaines »
Mais après l’annonce de la saisine d’un juge d’instruction, le ministère public a annoncé à l’AFP : « Toute personne ayant été témoin ou disposant d’éléments permettant d’objectiver le déroulé des faits est invitée à les porter à la connaissance des enquêteurs ».
Le parquet a de son côté fait valoir s’être rendu sur place « dès qu’il avait été avisé » du décès, « accompagné du commissaire de permanence de l’IGPN ». Puis, « en l’absence initiale de tout élément connu sur les causes du décès, une enquête en recherche des causes de la mort a été ouverte, cadre juridique permettant le recueil des auditions et la possibilité d’ordonner une autopsie, ce qui a été fait immédiatement », a-t-il souligné. Après réception des « premiers éléments » et du rapport d’autopsie, le parquet a ouvert une information judiciaire, « comme systématiquement lorsqu’une personne décède dans des conditions suspectes ou inexpliquées dans un lieu de privation de liberté ».
« Le rapport d’autopsie n’apporte pas à ce stade de certitude sur la causalité du décès » et des « analyses toxicologiques et anatomopathologiques » doivent être menées, précise-t-il. « Un réexamen du scanner par des radiologues a été ordonné, de même que les examens complémentaires dont les conclusions ne seront pas disponibles avant plusieurs semaines », ajoute le ministère public. Pour les proches d’El Hacen Diarra, la situation est claire : « Nous savons que les policiers l’ont tué et nous voulons la vérité. »
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