Sur le site de l'emblématique mosquée Al-Nouri, le minaret Al-Hadba, vieux de plus de 850 ans, a été reconstitué à l'identique, brique par brique. La directrice générale de l'Unesco, Audrey Azoulay, a salué, mercredi 5 février, une restauration menée avec des "techniques traditionnelles".
Al-Hadba et Al-Nouri comptent parmi les monuments restaurés avec le soutien de l'Unesco, qui œuvre depuis cinq ans à la réhabilitation du patrimoine de la grande ville du nord de l'Irak.
C'est à Al-Nouri que l'ex-chef du groupe EI, Abou Bakr al-Bagdadi, avait proclamé en juillet 2014 son "califat", plongeant des pans entiers de l'Irak et de la Syrie dans l'horreur. Détruits en juin 2017 lors de la bataille contre le groupe EI, la mosquée et le minaret avaient été piégés avant le retrait des jihadistes, selon les autorités irakiennes.
La mosquée et son minaret du XIIe siècle - surnommé par les habitants "la bossue" (Al-Hadba) car légèrement penché - avaient été détruits en juin 2017 : l'armée irakienne, en passe de reprendre tout Mossoul, avait accusé les jihadistes d'avoir placé des explosifs dans ce joyau de la vieille ville.
"Si vous prenez l'exemple de la reconstruction du minaret, il a fallu réutiliser près de 45 000 briques originelles", a rappelé Audrey Azoulay.
Le minaret est resté avec son inclinaison originale de 160 cm "comme les habitants de Mossoul le souhaitaient" et comme dans les années 1960. Mais ses fondations ont été renforcées pour prévenir l'affaissement progressif observé depuis sa construction au XIIe siècle.
"L'intérieur du minaret a nécessité 96 000 nouvelles briques, mais nous avons réutilisé 26 000 anciennes pour l'extérieur", explique Abdallah Mahmoud, du département des antiquités irakien.
Après une montée en puissance fulgurante en 2014 leur ayant permis de conquérir Mossoul et près d'un tiers du territoire irakien, les jihadistes ont été mis en déroute en 2017 au terme de batailles meurtrières et dévastatrices avec les forces irakiennes, soutenues par une coalition internationale emmenée par Washington.
La vieille ville de Mossoul a été détruite à 80 %, et plus de 12 000 tonnes de gravats ont été dégagées des principaux sites du projet de restauration de l'Unesco, qui inclut notamment les églises Al-Tahira et Notre-Dame de l'Heure ainsi que 124 maisons historiques.
"Ces six dernières années, nous avons levé plus de 115 millions de dollars" pour les différents chantiers, a rappelé Audrey Azoulay, remerciant les principaux partenaires, les Émirats arabes unis et l'Union européenne.
"Nous avons créé 7 700 emplois locaux, formé près de 2 800 Irakiens aux métiers du patrimoine et de la construction, et insufflé cette nouvelle vie à Mossoul", s'est félicitée Audrey Azoulay, saluant les équipes irakiennes engagées sur les chantiers.
Les sites restaurés seront inaugurés par les autorités irakiennes dans les prochaines semaines.
AFP