C’est une révolution en douceur, mais une révolution quand même. Longtemps critiqué pour son manque de lisibilité et ses correspondances parfois laborieuses, l’aéroport Paris-Charles de Gaulle s’apprête à changer de visage. Gastronomie de chefs, escales touristiques à Paris et confort accru pour les correspondances : d’ici 2026, Roissy veut devenir le plus bel aéroport d’Europe… et une vitrine du savoir-vivre français.
Sous l’impulsion d’un partenariat inédit entre Air France-KLM, le Groupe ADP et l’État français, le hub principal de la compagnie nationale entend désormais jouer dans la même cour que Singapour-Changi, Istanbul ou Doha.
Passer la publicitéUn duo ADP-Air France sur le modèle des grands hubs internationaux
Baptisé Connect France, ce plan d’action commun a été annoncé la semaine dernière au 55e Salon du Bourget en présence du président Emmanuel Macron. Objectif affiché : «faire du hub d’Air France une référence mondiale en matière de fluidité, de durabilité et d’expérience client». Inspiré des collaborations déjà à l’œuvre entre Qatar Airways et Hamad International ou Emirates et Dubaï DXB, ce partenariat vise à renforcer la souveraineté aérienne de la France, tout en redorant l’image de CDG, première porte d’entrée du pays, auprès des passagers internationaux.
Moins d’attente, plus de confort, et le meilleur de Paris au cœur de l’aéroport
Concrètement, plusieurs mesures emblématiques seront mises en œuvre d’ici 2026. Un accès prioritaire sera proposé aux voyageurs ayant moins d’une heure entre deux vols grâce à un « short connection pass ». Le taux d’embarquement en passerelle (plutôt qu’en bus) sera amélioré grâce à des optimisations de poste avion. Et pour que les passagers ne s’égarent plus entre les terminaux 2E, 2F ou 2G, un nouveau plan de nommage simplifié des aérogares sera déployé.
Mais c’est surtout sur l’image de marque que Paris veut désormais jouer la carte de la différenciation. Le Hall K du terminal 2E deviendra le « flagship France » : une vitrine du savoir-faire national avec salons d’attente signés, boutiques de haute joaillerie, gastronomie étoilée, et expositions culturelles. En prime, Air France et ADP lanceront une offre de « stop-over » pour inciter les voyageurs internationaux à prolonger leur correspondance par une escale à Paris ou en Île-de-France – entre flânerie rive gauche, gastronomie et musées.
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Un retard à combler face à la concurrence extra-européenne
Ce contexte appelle une mobilisation collective de tous les acteurs et à un soutien de l’État. Outre une démarche commune de sensibilisation des autorités françaises et européennes aux enjeux de compétitivité du transport aérien, Connect France a pour objet de porter des initiatives concrètes. L’initiative se veut aussi une réponse au « siphonnage » progressif du trafic par les hubs du Golfe ou de Turquie. Car si la France demeure la première destination touristique mondiale, une partie du flux aérien passe aujourd’hui par des plateformes situées hors d’Europe, où les passagers long-courriers transitent à prix cassés, mais dans un confort souvent envié. Et les chiffres montrent déjà les effets de cette concurrence. En 2019, Roissy-CDG talonnait Heathrow, qui affichait un trafic supérieur de seulement 6 %. Et était largement devant Istanbul. L’année dernière, le hub londonien accueillait 20 % de passagers supplémentaires par rapport à CDG, tandis qu’Istanbul affichait 10 millions de passagers de plus que Roissy.
CDG entend donc reprendre la main en misant sur ses atouts : une compagnie nationale en pleine montée en gamme, un territoire d’exception à portée de RER, et une alliance inédite entre public et privé. « L’aéroport de Paris-Charles de Gaulle est un instrument de souveraineté essentiel de la France pour sa connectivité, son tourisme, et son économie. Face à une compétition féroce, la France peut rayonner par le développement de sa connexion au monde et par une expérience pour le passager attractive et différenciante. Nous avons donc décidé d’allier les forces de nos deux groupes pour faire de la France une puissance aérienne mondiale compétitive et unique en son genre », a déclaré Philippe Pascal, Président-Directeur général du Groupe ADP.
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Un double enjeu
Si les deux partenaires ont déjà démontré leur capacité à relever ensemble des défis considérables, notamment lors des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, pour Benjamin Smith, Directeur général du Groupe Air France-KLM, « le contexte impose un plus grand alignement stratégique entre tous les acteurs de l’écosystème du transport aérien en France, à la hauteur de l’enjeu ». Dernier axe clé du partenariat : l’environnement. Air France, premier acheteur français de carburants durables (SAF), et ADP, engagé dans l’électrification de ses infrastructures, veulent faire du hub de CDG un exemple de transition écologique. Un signal fort pour une industrie en mutation, où la compétitivité ne peut plus se penser sans responsabilité.
Reste à traduire ces ambitions en expériences concrètes pour les voyageurs. Car si l’optimisation des opérations et les chantiers de long terme sont essentiels, ce sont les salons réaménagés, les terminaux plus lisibles, les connexions plus fluides et les escales enrichies qui feront, in fine, la différence dans le choix d’un itinéraire. Pour CDG, l’enjeu est double : reconquérir les passagers en correspondance et raviver la fierté de ceux qui partent ou reviennent par la grande porte française. Une ambition à hauteur de piste – et de prestige.
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