Le 15 mars 2021, Chahinez Daoud s’est faufilée entre deux averses pour se rendre au commissariat de Mérignac, à deux pas de la place Charles-de-Gaulle. Le bâtiment est exigu, dégradé, vétuste. Le plafond semble prêt à s’écrouler à tout moment. Il arrive même parfois à l’agent d’accueil de patauger dans l’eau des toilettes. Cette mère de trois enfants âgée de 31 ans et employée de mairie à la restauration scolaire de l'école du quartier veut absolument déposer plainte contre son mari, Mounir Boutaa, avec qui elle est en cours de séparation.
Ce matin-là, son compagnon, un ouvrier maçon de 45 ans, l’a séquestrée sur un parking de supermarché, avant de la frapper à plusieurs reprises et de tenter de l’étrangler. Le policier qui recueille la plainte a lui-même, trois mois plus tôt, été auteur de violences conjugales : le tribunal correctionnel de Bordeaux l’avait, le 10 février, condamné à une peine de huit mois de prison avec sursis avec non-inscription de cette condamnation au casier judiciaire B2, bulletin accessible aux administrations publiques de l’État lorsqu’elles sont saisies, notamment, de demandes d’emplois au sein de la fonction publique.
Chaîne de défaillance
Ce policier constitue le premier maillon d’une chaîne de défaillances qui, le 4 mai 2021, aboutira au drame : ce jour-là, peu après 18 heures, et malgré les supplications et les cris, Mounir Boutaa a brûlé vive sa femme en pleine rue, à quelques mètres de son domicile, où elle vivait avec ses enfants âgés de 3, 5 et 8 ans. Le Franco-Algérien a été arrêté une demi-heure plus tard dans la commune limitrophe de Pessac. Il portait un fusil de calibre 12, un pistolet à gaz et une ceinture de cartouches. Aux enquêteurs, l’intéressé a déclaré vouloir «punir» Chahinez, «sans la tuer» et la «brûler un peu pour lui laisser des marques». Le parquet de Bordeaux a alors ouvert une enquête du chef d’«homicide volontaire par conjoint» et «destruction par incendie».