C'est aussi sa "volonté". Dans une émission diffusée sur TF1, mardi 13 mai, Emmanuel Macron s'est dit favorable à de nouvelles sanctions "dans les prochains jours" à l'égard de la Russie si elle refuse d'appliquer le cessez-le-feu en Ukraine. Le chef de l'Etat a notamment évoqué la piste de "sanctions secondaires" pour les "revendeurs" de "services financiers" ou d'"hydrocarbures". C'est en partie ce que prévoit le 17e train de sanctions que les dirigeants européens ont commencé à adopter, mercredi 14 mai. Franceinfo vous résume ces nouvelles mesures considérées comme "massives".
Viser davantage les "bateaux fantômes"
Les ambassadeurs des 27 ont approuvé mercredi un élargissement des sanctions contre la "flotte fantôme" russe, ces bateaux que Moscou fait naviguer sous des pavillons de complaisance, contournant ainsi les sanctions internationales. D'après une source proche du dossier sollicitée par franceinfo, le nombre de navires dans le collimateur de l'Union européenne devrait tripler, pour passer de 100 à plus de 300 navires. Cette mesure doit encore être formellement adoptée par le Conseil des affaires étrangères prévu le 20 mai.
Le Royaume-Uni a aussi récemment imposé de nouvelles sanctions à 100 navires soupçonnés de transporter du pétrole russe. Ils ont désormais interdiction d'accéder aux ports britanniques et risquent d'être immobilisés s'ils s'aventurent dans les eaux territoriales britanniques. "La menace que représente la Russie pour notre sécurité nationale ne peut être sous-estimée, a déclaré le chef du gouvernement, Keir Starmer, vendredi, cité par le site Politico. C'est pourquoi nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour détruire sa 'flotte fantôme', priver sa machine de guerre de revenus pétroliers et protéger les infrastructures sous-marines dont nous dépendons au quotidien."
Londres estime que les navires russes sont parvenus à transporter plus de 18 milliards de livres de pétrole depuis début 2024, au mépris des restrictions. Un rapport de l'Ecole d'économie de Kiev évaluait l'an passé à 430 le nombre de bateaux identifiés comme constituant cette "flotte fantôme" transportant du pétrole russe dans le monde.
Obliger la Russie à brader son pétrole
Plus de trois ans après l'invasion russe, les hydrocarbures ont été assez épargnés par les sanctions. Cette fois, l'idée est de frapper les "majors" pétrolières russes, ce qui obligerait le pays à brader son or noir. Elle se verrait alors privée de ressources financières essentielles. "Les perspectives de l'économie russe sont très étroitement liées à l'exportation d'hydrocarbures et, par conséquent, le moyen le plus efficace de réduire le flux de revenus de la machine militaire russe est précisément de limiter l'exportation de combustibles fossiles", a résumé le commissaire européen au Commerce, Valdis Dombrovskis, mardi, lors d'un point-presse.
Côté français, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a évoqué mercredi la préparation de sanctions "dévastatrices" pour "prendre la Russie à la gorge". Le chef de la diplomatie française précise qu'il rencontrera le sénateur américain Lindsey Graham, proche de Donald Trump, jeudi en Turquie, pour ficeler "un paquet de sanctions extrêmement puissantes, avec des droits de douane de 500% sur les importations de pétrole russe et de 500% sur les pays qui aujourd'hui continuent d'importer du pétrole russe".
Toutefois, cette mesure risque de fragiliser les pays les plus dépendants de l'énergie russe, qui "se verraient contraints de se tourner vers de nouvelles sources d'approvisionnement, plus chères", nuance dans Ouest France Kevin Lefebvre, économiste au Centre d'études prospectives et d'informations internationales. Parmi eux figurent la Hongrie et la Slovaquie, d'après un rapport du think tank belge Bruegel paru en avril.
Cibler les institutions financières asiatiques qui aident la Russie
Les Européens planchent également sur la possibilité de sanctionner davantage de banques qui n'ont pas été déconnectées de Swift, ce gigantesque réseau basé en Belgique qui régit l'immense majorité des transactions au niveau mondial. L'objectif, cette fois, est de cibler les institutions financières de pays asiatiques, qui facilitent le contournement des sanctions prises à l'égard de Moscou.
En effet, la guerre avec l'Ukraine, et les sanctions occidentales, "conduisent inexorablement l'économie russe à se tourner vers l'Asie", "seul antidote possible à l'effondrement des relations avec l'Europe", écrivait il y a plusieurs mois Hubert Testard, spécialiste du continent et enseignant à Sciences-Po Paris. Aucun détail sur la mise en application n'a pour l'heure filtré.
Avancer enfin sur la question des avoirs russes
Ce petit pactole a, jusque-là, toujours provoqué de vifs débats. La question de l'utilisation des actifs russes stockés dans l'Union européenne figurera-t-il dans le nouveau paquet de sanctions ? En conférence de presse, mardi, le ministre polonais des Finances se disait "plutôt optimiste sur ce sujet". "J'ai le sentiment que la volonté d'agir des Etats membres s'accroît. Et nous discutons de plus en plus souvent de la question du gel des avoirs russes", a déclaré Andrzej Domanski.
Reste à en connaître les détails. "C'est une mesure qui pose des questions de droit international", insiste Kevin Lefebvre. Sur TF1, mardi soir, Emmanuel Macron a répété qu'il n'y avait "pas de cadre légal" pour les utiliser, considérant que "ça n'était pas une bonne solution". Néanmoins, "ce capital nous donne des intérêts tous les mois, on les a utilisés pour financer notre aide à l'Ukraine", a rappelé le locataire de l'Elysée.