Accusation d’agressions sexuelles sur Adèle Haenel : le réalisateur Christophe Ruggia fixé sur son sort ce lundi

«Cette audience doit rappeler l’interdit, qui était l’adulte, qui était l’enfant. Elle doit remettre le monde à l’endroit», avait martelé la procureure en décembre. Ce lundi, le tribunal correctionnel de Paris doit rendre sa décision concernant le réalisateur Christophe Ruggia, accusé d’agressions sexuelles sur Adèle Haenel lorsqu’elle était enfant.

«La première fois, il est venu se coller à moi»

Ce délibéré, attendu à partir de 13h30, doit venir clore l’affaire qui a ouvert la voie au #MeToo dans le cinéma français. En 2019, l’actrice, alors au sommet de sa gloire après avoir tourné notamment dans 120 Battements par minute ou Portrait de la jeune fille en feu accuse dans une enquête de Médiapart le réalisateur d’attouchements à la suite du tournage du film Les Diables, en 2001. Elle était alors âgée de 12 ans, lui de 36 ans.

L’homme l’accueillait régulièrement chez lui le samedi après-midi et c’est dans le huis-clos de son appartement parisien que ce seraient déroulées les agressions. «La première fois, je me souviens qu’il est venu se coller à moi sur le canapé, qu’il a commencé à me caresser la cuisse, il a passé la main sur mon sexe sur le pantalon, a passé sa main sous mon tee-shirt et a touché ma poitrine, avait-elle expliqué lors de l’instruction. Il a passé sa main dans mon pantalon à la lisière de mon sexe. Ce sont des gestes qu’il a répétés à de nombreuses occurrences. J’étais complètement tétanisée et il y avait quelque chose d’irréel dans ce qui se produisait.»

Soutenant que la jeune fille avait une «sensualité débordante», Christophe Ruggia a assuré n’avoir «jamais» été «attiré» par Adèle Haenel. À la barre, il a nié les agressions sexuelles, dénonçant un «pur mensonge». Mais il s’est montré bien incapable d’expliquer le déroulé de ces goûters avec une enfant: «Je n’ai pas de souvenir précis, ça remonte à plus de vingt ans. Il ne se passait rien de particulier.» «On discutait, on écoutait de la musique, on regardait des vidéos, elle récupérait des DVD.» Il a également avancé que ces accusations pourraient être une «vengeance» car il aurait refusé de la faire jouer à nouveau. «Il fallait lancer un #Metoo français, et c’est tombé sur moi».

«Lorsqu’on récupère un souvenir, il s’altère inévitablement»

En décembre, le parquet a requis à l’encontre du cinéaste cinq ans de prison, dont trois ans avec sursis probatoire, assortis d’une exécution provisoire. Il a demandé que les deux ans ferme soient aménageables sous bracelet électronique à domicile. En peine complémentaire, le ministère public a requis une interdiction d’entrer en contact avec la plaignante, une interdiction d’exercer une profession en lien avec des mineurs pendant 10 ans et son inscription au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes.

Dans une salle acquise à la cause de l’actrice, la défense du réalisateur a essayé de faire entendre des éléments en sa faveur, soulignant que le récit de la plaignante n’avait pas été constant, parlant dans un premier temps «d’attouchements qu’elle repoussait» avant de basculer sur de véritables agressions. Elle a appelé à ne pas faire confiance au «retour de mémoire traumatique», car «lorsqu’on récupère un souvenir, il s’altère inévitablement». «Le doute doit profiter ici au prévenu. Ce n’est pas un principe patriarcal, il est destiné à protéger les innocents», a plaidé Me Colin.

Lors de l’audience, l’actrice, qui a depuis rompu tout lien avec le cinéma, avait laissé exploser sa colère, hurlant «mais ferme ta gu**le !» au prévenu. Elle s’était levée, avait tourné le dos au tribunal puis s’était échappée de la salle. Comme au printemps 2020, lorsque l’actrice avait quitté la cérémonie des Césars pour dénoncer la désignation de Roman Polanski comme meilleur réalisateur. Une adaptation de l’adage de Virginie Despentes : «Désormais, on se lève et on se casse.»