Ce 22 juillet 1944, c’est « en chantant pour garder le moral » qu’Yvette Lévy entre à Drancy avant d’être déportée vers les camps de la mort. Parmi ses souvenirs les plus insupportables, il y a cette honte d’avoir été dénudée et tondue, et de se retrouver ainsi devant des hommes. Elle se souvient aussi d’un de ces moments rares où, d’une tranche de pain donnée par un kapo slovaque, elle faisait un dessert qu’elle partageait avec ses camarades. Du haut de ses 99 ans, le port altier et le débit fluide, elle qui a gardé le silence durant vingt longues années après la Libération raconte et transmet inlassablement.
Yvette a 11 ans quand la famille quitte la rue de la Roquette du 11e arrondissement parisien pour Noisy-le-Sec, ville ferroviaire de la banlieue est. Le père est ouvrier aux grands moulins de Pantin. En 1940, la famille connaît l’exode et se réfugie à Tours, en Indre-et-Loire, où elle assiste à l’arrivée des troupes allemandes. Elle doit rebrousser chemin et rentrer rapidement à Noisy-le-Sec.
Là, elle sera confrontée aux lois antijuives du régime de Vichy. « En tant que Français on pensait ne rien avoir à craindre. » Mais en ce dernier jour de juillet, Yvette est dans le convoi 77 pour Auschwitz-Birkenau, avec 1 300 personnes dont 300 enfants (125 avaient moins de 10 ans), certains d’entre eux seront immédiatement gazés.
« Il faisait une chaleur torride, il n’y avait pas d’eau, durant deux jours et deux nuits le train ne s’est arrêté qu’une seule fois. » Le récit est précis, les faits et les dates jamais effacés de sa mémoire. Elle n’oubliera jamais l’arrivée à Auschwitz-Birkenau, dans la nuit du 2 au 3 août. « Une odeur âcre nous prenait à la gorge, une odeur de chair brûlée. C’est tout le camp des Tziganes qui avait été mené à la chambre à gaz. 2 996 personnes ont été assassinées cette nuit-là. On a été mis dans leurs baraquements, mais on ne l’a su que plus tard. »
Yvette Lévy Dreyfuss passe un an en déportation, d’abord à Birkenau puis dans un camp en Tchécoslovaquie. Elle aussi, raconte comment il ne fallait pas flancher et montrer bonne figure pour pouvoir continuer à travailler et éviter ainsi la mort. « Pour avoir des couleurs on se pinçait les joues, on se maquillait avec la betterave de la soupe pour paraître en bonne santé ».
Le 9 mai 1945, c’est la libération par les Soviétiques. Elle pèse 36 kg. Yvette a eu la chance, contrairement à beaucoup d’autres, de retrouver sa famille, parents et frères. Après un long silence, la transmission est devenue son credo. Elle est allée au moins 230 fois à Auschwitz avec des élèves, des associations ; elle y a amené ses petits-enfants.
Bientôt centenaire, elle reste lucide et redoute le contexte politique actuel avec la montée de l’extrême droite. « Tout peut recommencer », avertit la résistante et déportée, toujours très active au sein de l’Amicale d’Auschwitz puis de l’Union des déportés d’Auschwitz.
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