"Ce projet de loi n'apporte pas la bonne solution", analyse mardi 25 mars sur France Inter Muriel Eglin, présidente du tribunal pour enfants de Bobigny, et vice-présidente de l'Association française des magistrats de la jeunesse et de la famille (AFMJF), à propos de la réforme de la justice des mineurs examinée mardi au Sénat.
Cette proposition de loi pour lutter contre la délinquance des plus jeunes, adoptée à l'Assemblée mi-février, est portée par l'ancien Premier ministre Gabriel Attal. Elle reprend des mesures qu'il avait annoncées au printemps, quand il occupait encore le poste. Parmi elles, la création d'une comparution immédiate pour les 16-18 ans (pour auteurs de faits graves), ou encore une extension de la responsabilité des parents pour les dégâts causés par leur enfant.
Pour Muriel Eglin, le projet de loi "créé l'illusion qu'avec des peines d'emprisonnement prononcées de manière ultrarapide on apporterait une paix sociale, on apaiserait la vie des quartiers". Selon elle, c'est "se tromper de cible". Elle rappelle que lorsque des actes de violence "extrêmement graves" sont commis, des actes "qui aboutissent à des décès", des réponses "immédiates" existent déjà : "Après la garde à vue, un juge d'instruction est saisi et, généralement, des détentions provisoires pour ces mineurs" sont actées.
Faire de la prévention
Selon Muriel Eglin, la réponse judiciaire ne peut pas être la solution à tout. Elle explique qu'il ne faut pas attendre de la justice "qu'elle répare l'ensemble des difficultés familiales, des difficultés de quartier, des difficultés du travail éducatif avec les familles". La réponse judiciaire ne peut pas être la solution "aux problèmes sociaux, de pauvreté" ou encore "à l'absence de pédopsychiatres, de psychologues, ou aux difficultés scolaires", liste-t-elle. "Si on attend de la justice qu'elle réponde à tout ça, on la met face à une situation impossible", assure la magistrate.
Plusieurs organisations appellent à des mobilisations ce mercredi pour protester contre cette réforme. C'est le cas chez les éducateurs, les magistrats, ou encore les avocats qui dénoncent par ailleurs un manque de moyens pour pouvoir faire de la prévention.