Il est donc officiellement devenu Premier ministre à 39 ans. Sébastien Lecornu a été nommé dans la soirée du mardi 8 septembre pour succéder à François Bayrou. L'homme a gravi rapidement les échelons au gouvernement et est aussi entré très jeune en politique. Il y a onze ans, il était déjà maire de Vernon. Dans le centre-ville de cette commune de l'Eure, il est difficile de trouver un habitant qui pense du mal de lui.
Il y avait pourtant du monde, mercredi midi, sur la place du marché de la ville d'environ 25 000 habitants. "C'est vraiment quelqu'un de très abordable quand on le croise sur le marché, dans toutes les cérémonies, etc, explique Sandrine, une infirmière, s'est installée pour un café. C'est quelqu'un de très discret. Il n'est pas très souriant... A chaque fois, on lui dit. Il est humble. C'est un ministre qui vous fait la bise et il n'y a pas qu'à moi, il la fait à beaucoup de Vernonnais ! C'est un travailleur. Je suis super contente qu'il soit Premier ministre."
Et preuve peut-être de l'affection des Vernonnais pour le Premier ministre, il n'y a eu aucun blocage à signaler mercredi en cette journée de mobilisation avec le mouvement "Bloquons tout". "Ce n'est pas ici que vous en trouverez", s'amuse un autre habitant.
Seul reproche peut-être : son mandat ultra rapide à la mairie de Vernon, à peine plus d'un an, souligne David, dans un bar de la place. "Pour avoir un maire à l'écoute, il faut qu'il soit présent. Mais on ne peut pas être jaloux d'une personne qui a pu évoluer et se mettre à cette hauteur, qu'on aime ou qu'on n'aime pas." Un reproche, mais à peine donc, pour celui qui en plus est très souvent présent aux cérémonies officielles et puis chez lui, puisque son domicile est à Vernon.
"Il respecte les gens"
Même ses adversaires politiques reconnaissent ses qualités humaines et son intelligence politique. "Beaucoup de gens continuent à l'aimer à Vernon, je le dis avec beaucoup d'honnêteté, déclare Philippe Brun, député socialiste de l'Eure. Et c'est vrai qu'il a fait des choix nationaux qui n'ont pas été compris ici, qui soient restés un peu à côté du mouvement des gilets jaunes, qui a été très, très fort dans le département, on a été la capitale des gilets jaunes ici. Il a lui-même organisé le grand débat et on a vu aucun résultat."
"Il y a donc un double sentiment à la fois quelqu'un d'affable, sympathique, cordial et dans le même temps, quelqu'un qui semblait un peu indifférent aux sujets locaux durant les dernières années."
Philippe Brun, député socialiste de l’Eureà franceinfo
Il pointe aussi le fait que quatre députés sur cinq aujourd'hui dans l'Eure sont des élus du Rassemblement national. Tous les macronistes ont été battus. Nous sommes allés voir une dernière personne, qui a connu Sebastien Lecornu tout jeune, à 19 ans, quand il cherchait un stage. Franck Gilard, ex-député de l'Eure l'a ensuite embauché comme assistant parlementaire.
Il en parle avec beaucoup affection. "Il est rapide intellectuellement, plein d'humour, sous des aspects réservés mais ça c'est une stratégie à mon avis. On a eu des crises de rire, vous ne pouvez pas imaginer. Et puis une dernière chose, il a un sens du contact. Il connaissait au bout d'un an pratiquement tous les huissiers de la boutique. Parce qu'il a une qualité, c'est qu'il est bien élevé et qu'il respecte les gens."
Un respect souligné notamment par ceux qui votent Rassemblement national aujourd'hui. Même s'ils ne croient pas à une compatibilité du Premier ministre avec le RN qui reste considéré comme le plus pur des macronistes.