Alain Le Grix de la Salle, président d'ArcelorMittal France, était entendu mercredi 22 janvier par la Commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale. Il est allé droit au but en déclarant que "tous les sites européens présentent aujourd’hui des risques de fermeture", si rien n’est fait pour protéger la sidérurgie sur le Vieux continent. C’est la réponse, on ne peut plus claire, que le patron d’Arcelor a faite à un député qui lui demandait s’il pouvait prendre l’engagement qu’aucune usine du groupe ne serait fermée dans en France cette année.
Pour arriver à cette conclusion, le sidérurgiste met en avant le coût trop important de l’énergie en Europe qui, malgré une nette amélioration pour les ménages, reste une charge très lourde pour les entreprises grandes consommatrices, comme c’est le cas dans la métallurgie. Il évoque aussi, la surproduction d’acier chinois qui inonde le monde grâce à des prix très bas. Avec des charges fiscales beaucoup plus lourdes, les producteurs européens ne peuvent pas rivaliser. Enfin, troisième élément déterminant : le manque de demande intérieure en Europe à cause d’une économie qui tourne au ralenti. La crise est violente.
Une production mondiale d’acier supérieure à la demande
Pour parler uniquement de la Chine, elle a exporté, en 2024,entre 100 et 120 millions de tonnes d'acier, soit l’équivalent de toute la consommation européenne sur l’année. On chiffre aujourd’hui les surcapacités mondiales jusqu’à 600 millions de tonnes de production annuelle. Et ce phénomène structurel va durer. Compliqué, dans ces conditions, pour les sidérurgistes européens, de rester compétitifs, avec les menaces que cela fait peser sur l’emploi.
Le groupe allemand Thyssenkrupp – grand concurrent d’Arcelor – prévoit de supprimer 11 000 emplois d’ici 2030 (40% de ses effectifs). En France, Arcelor-Mittal doit fermer d’ici le printemps ses usines de Denain (Nord) et Reims (Marne). Quelque 135 postes sont concernés, ainsi qu’une trentaine à Strasbourg et Valence… sans parler de la suspension d’investissements dans la décarbonation (près de deux milliards d’euros en moins à Dunkerque).
Il ne s’agit pas de s’opposer aux importations. L’acier voyage, c’est normal. Mais l’Europe doit défendre ses intérêts face à la Chine et aux États-Unis de Donald Trump qui vont protéger leur marché par tous les moyens. Le coût des émissions du carbone par l’industrie va s’imposer de plus en plus comme un facteur réellement déterminant.