Le poète et journaliste Abdelmajid Kaouah est décédé à Perpignan le 20 juillet 2025. La nouvelle parvient par une circulaire de Christian Saint-Paul, réalisateur et animateur de l’émission quadragénaire « Les Poètes » sur Radio Occitania (lespoetes.site). Comme toujours à la mort d’un ami, on se reproche de n’avoir pas été plus présent avec lui. Même si la raison en est plutôt la vie en miettes. Et le complexe algérien des Français qui le tenait chez nous en méconnaissance. Je laisserai Christian égrener ses actes avec le poète qu’il reçut souvent à sa radio et dont la vie et l’œuvre sont si injustement méconnues excepté de quelques initiés.
J’ai connu Majid (de son prénom abrégé par ses amis) par l’entremise d’un ancien de mes élèves algériens, également poète et aussi peintre : Hamid Tibouchi. Ils m’ont fait découvrir Jean Sénac, l’homme signant d’un soleil, le « pasolini algérien » oublié comme artiste et citoyen emblématique d’une Algérie plurielle. Avec Majid nous avons partagé maintes fréquentations, Christian Saint-Paul bien sûr et aussi tant d’autres, parmi lesquelles le poète et éditeur Michel Cosem, la comédienne Danièle Catala, fondatrice de la Cave poésie à Toulouse avec René Gouzenne… Majid m’a souvent invité lorsqu’il animait une émission de radio à la « ville rose » et je l’avais interrogé pour un article dans la presse tandis que nous nous sommes côtoyés au cours de diverses initiatives littéraires.
Fracturé comme le furent tant d’Algériens de culture également française, il a mené une vie « là-bas » et une autre ici après avoir dû se réfugier, tout en continuant à produire articles et textes par-delà et par-ici du grand fleuve.
J’avais mesuré l’ampleur de son personnage en rencontrant pour lui à Alger des gens qui le connaissaient, sa personne et son travail composé aussi de pas mal d’inédits. Très disert, voire polémiste comme nombre des siens, il savait aussi être fort convivial à l’occasion. Conquis par son écriture comme par ses analyses, j’avais produit (voir le lien vers mon site ci-dessous) des notes de lecture sur Le Nœud de Garonne ainsi que sur Quand la nuit se brise : Poésie algérienne (Éditions Autres temps). Cet homme résumait à soi-seul une histoire franco-algérienne, que la connivence et la camaraderie ne sont pas parvenues à suffisamment radoucir.
Il reste, inoubliable, ses propres mots : « Les vigiles des frontières/aux lointains ancêtres/qui eurent affaire à Ibn Batouta/A Rimbaud/à Essenine/à Yacine/De quelle patrie tiens-tu ton destin/Dans un passeport/Aussi vert que le printemps/qui vire à présent au noir. »
Salut l’artiste ! Ce n’est qu’un au revoir.
Avant de partir, une dernière chose…
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