«Trump a transformé la superpuissance mondiale en État voyou» : l’intervention américaine au Venezuela vue par la presse étrangère
REVUE DE PRESSE - À l’étranger, l’événement suscite une onde de choc éditoriale, révélant une fracture nette entre partisans d’un coup de force jugé nécessaire et défenseurs d’un ordre international que Washington aurait, selon eux, ouvertement piétiné.
Passer la publicité Passer la publicitéDans la nuit du 2 au 3 janvier 2025, les forces américaines ont mené une opération militaire au Venezuela, capturant le président Nicolas Maduro à l’issue d’un raid éclair. Donald Trump revendique une action ciblée contre le «narcoterrorisme » et annonce une phase transitoire durant laquelle les États-Unis entendent «diriger» le pays - bien que Delcy Rodriguez soit devenue la nouvelle présidente par intérim du Venezuela, à la suite d’une décision de la Cour suprême vénézuélienne. À l’étranger, l’événement suscite une onde de choc éditoriale, révélant une fracture nette entre partisans d’un coup de force jugé nécessaire et défenseurs d’un ordre international que Washington aurait, selon eux, ouvertement piétiné.
«L’attaque de Trump au Venezuela est aussi illégale que dangereuse»
Au Royaume-Uni, The Guardian frappe fort dès son éditorial : «Trump a transformé la superpuissance mondiale en État voyou». Le quotidien dénonce «l’enlèvement illégal du président du Venezuela» et juge que l’annonce américaine de «diriger» le pays crée «un précédent véritablement glaçant», rappelant la longue histoire d’ingérences américaines en Amérique latine. Même tonalité du côté de “La grosse pomme”, où The New York Times titre sans détour : «L’attaque de Trump au Venezuela est aussi illégale que dangereuse». Le journal de centre-gauche reconnaît que «Maduro est un homme peu sympathique», à la tête d’«un régime autoritaire et répressif», mais alerte sur une constante historique : «les tentatives de déboulonner les régimes même les plus exécrables ne font qu’aggraver les choses». L’éditorial évoque l’Irak, la Libye ou l’Afghanistan et conclut : «Pour l’heure, une chose est sûre : la guerre de Trump est contraire au droit américain et international». L’opération est par ailleurs vertement critiquée en Belgique, où Le Soir accuse Donald Trump «d’impose[r] au monde l’impérialisme self-service le plus cynique».
À Madrid, El País (English) parle d’une opération qui «viole le droit international» et ouvre «un scénario dangereux». Le quotidien espagnol rejette toute confusion entre intervention armée et démocratie : «La violence, d’où qu’elle vienne, ne construit pas d’institutions et ne rétablit pas les droits». Il met en garde contre une transition administrée de l’extérieur, jugeant «inacceptable» l’idée d’un pays placé sous tutelle étrangère. En Allemagne, Handelsblatt élargit encore la focale stratégique. Si «personne n’a à pleurer Nicolás Maduro», le journal économique estime que l’arrestation du dirigeant et le bombardement de Caracas constituent «une claire violation du droit international» et marquent «un nouveau tabou brisé». Selon lui, «la nouvelle monnaie de la politique internationale s’appelle la force», une évolution dont profiteront aussi bien les États-Unis que la Chine ou la Russie.
La capture de Maduro est «un acte d’hygiène hémisphérique contre un dictateur qui a semé le chaos bien au-delà de ses frontières»
À l’opposé, le Wall Street Journal assume une lecture résolument favorable. L’éditorial décrit la capture de Maduro comme «un acte d’hygiène hémisphérique contre un dictateur qui a semé le chaos bien au-delà de ses frontières». Pour le quotidien américain libéral-conservateur, Donald Trump est désormais engagé dans «une politique de changement de régime qu’il devra mener à bien», et l’opération envoie «un message salutaire aux adversaires de l’Amérique». Les critiques juridiques sont balayées : «la Constitution accorde une large latitude à l’exécutif en matière de sécurité nationale». Mais même au WSJ, des réserves apparaissent sur l’après-Maduro. Le journal s’étonne du mépris affiché par Trump envers l’opposante María Corina Machado et juge que le président américain a «beaucoup trop parlé du “pétrole”», envoyant «le message que l’objectif des États-Unis est largement mercenaire». Sur ce point, El País est plus sévère encore, voyant dans la promesse de confier l’industrie pétrolière à des entreprises américaines une «appropriation extérieure forcée des ressources naturelles». The Guardian y lit, lui, une fuite en avant personnelle d’un président convaincu que la puissance américaine lui permet «de faire ce qu’il veut à un coût minimal».
Au-delà des divergences idéologiques, une inquiétude traverse la plupart des éditoriaux : celle d’un engrenage. The New York Times redoute une «flambée de violence» et un chaos régional. El País appelle à une «désescalade urgente». Handelsblatt constate l’érosion accélérée des règles internationales. Et The Guardian prévient que les répercussions de cette nuit de janvier «se feront sentir bien au-delà de la région». Entre légitimation sécuritaire et dénonciation d’un impérialisme assumé, la presse étrangère s’accorde au moins sur un point : l’intervention américaine au Venezuela marque une rupture. Reste à savoir si elle demeurera un épisode isolé - ou le premier acte d’un ordre international où, selon les mots du quotidien allemand, la force serait désormais la règle.