Stages de seconde : une exploitation des enfants au travail

Ils avaient 15, 16 et 17 ans, étaient apprentis et stagiaires de seconde, et ils sont morts au travail sans que cela ne suscite quelconque bougé du côté de l’exécutif. « Se servir d’un enfant ainsi que d’un outil », écrivait Victor Hugo il y a plus d’un siècle et demi. Ce vers prend, à contresens de l’histoire, une terrible acuité.

Ces trois jeunes ont été fauchés par des machines, des charges lourdes, des chutes mortelles. Trois enfants déshumanisés deux fois : une première lorsqu’ils sont rendus au rang d’outils, une deuxième pour être morts dans un silence assourdissant.

Les moins de 20 ans ont trois fois plus d’accidents au travail que leurs aînés. Le nombre d’accidents n’a eu de cesse d’augmenter depuis les lois et décrets Villepin puis Hollande qui ont affaibli le contrôle et l’encadrement des apprentis. Et l’inspection du travail, pire encore la médecine scolaire, n’ont pas les moyens de les suivre.

L’exploitation des enfants au travail est aussi le fait d’une démission des politiques éducatives. Deux lames de fond se rencontrent et se nourrissent : la dégradation du service public de l’éducation et une politique active de professionnalisation des enfants, particulièrement ceux des classes populaires, avec un encadrement de plus en plus faible.

La professionnalisation des enfants, lubie néolibérale poussée jusqu’à l’absurde avec la proposition d’Élisabeth Borne visant à orienter dès la maternelle, impose de plus en plus de stages. C’est le cas depuis la réforme des lycées professionnels mais c’est également vrai en filière générale. Alors qu’un stage d’observation existait déjà en troisième, la réforme Attal a instauré deux semaines obligatoires de stage pour les élèves de seconde. Celles-ci ont été mises en place sans préparation et sont bien trop souvent dans les faits largement confondus avec les conditions de l’apprentissage par les employeurs.

Ces stages dits « d’observation » se transforment facilement en main-d’œuvre gratuite pour des tâches subalternes, à l’ombre de toute réglementation ou contrôle extérieur.

Puisqu’il faut le rappeler : le travail des enfants est interdit dans notre pays. Revenons à la raison, supprimons les stages de seconde qui ont été si mal préparés, rendons obligatoire l’école jusqu’à 18 ans et revenons à un encadrement strict de l’apprentissage !

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