Envoi de SMS, choix d’une musique... Dans les Landes, le préfet annonce que le permis sera suspendu dès que l’automobiliste touchera à son téléphone

Le préfet Gilles Clavreul expérimente la suspension automatique du permis pour usage du téléphone au volant. Drazen - stock.adobe.com

Face à l’augmentation des accidents mortels dans son département, le préfet des Landes lance une expérimentation inédite en France. La mesure entrera en vigueur début novembre après une phase pédagogique d’un mois.

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C’est une initiative inédite en France. Le préfet des Landes, Gilles Clavreul, a annoncé le 12 septembre dernier via un communiqué sur les réseaux sociaux une expérimentation pour lutter contre l’usage du téléphone au volant
Préfet des Landes. À compter du 1er novembre 2025, utiliser son smartphone en conduisant - que ce soit pour envoyer un SMS, choisir une musique ou répondre à un appel - pourra être passible d’une suspension automatique du permis de conduire pouvant aller jusqu’à six mois.

La mesure répond aux chiffres landais de l’accidentalité qui «restent préoccupants», indique la préfecture. Depuis le début de l’année 2025, 16 personnes ont perdu la vie sur les routes des Landes, soit 5 de plus qu’en 2021. L’été 2025 a été particulièrement meurtrier avec 10 accidents mortels recensés entre juin et septembre. Concernant l’usage du téléphone au volant spécifiquement, les forces de l’ordre landaises ont verbalisé 3 163 automobilistes depuis janvier 2025.

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Un calendrier en deux étapes

Concrètement, l’expérimentation landaise se déroule selon un calendrier précis en deux étapes : «durant le mois d’octobre, les forces de sécurité avertiront les contrevenants et les inviteront à changer leur comportement au volant afin de préserver la sécurité de tous», précise le communiqué préfectoral. Les sanctions classiques restent appliquées : 135 euros d’amende et retrait de 3 points sur le permis. «Début novembre, au vu des résultats et si les comportements n’évoluent pas, le préfet pourra alors prononcer la suspension administrative du permis de conduire», conclut le même communiqué.

Contrairement aux idées reçues, cette mesure ne nécessite aucune nouvelle législation. Elle s’appuie sur l’article L224-7 du Code de la route qui autorise déjà le préfet à prononcer une suspension administrative en cas de comportement dangereux au volant.

Téléphone au volant, mort au tournant ?

L’initiative landaise s’inscrit également dans un contexte national d’augmentation de l’usage du téléphone au volant. Selon le baromètre de la prévention routière 2024, 80% des automobilistes reconnaissent utiliser leur téléphone au volant. C’est 34 points de plus qu’en 2016. Les principales utilisations sont les appels (46%), le paramétrage GPS (41%), l’envoi de SMS (31%) et la consultation de notifications (22%). Pour autant, le téléphone est sous-représenté (1% des cas, contre 29% pour la vitesse, 22% pour l’alcool) dans les facteurs comportementaux des présumées responsables d’accident mortel, en 2024 (Observatoire National Interministériel de la Sécurité Routière).

Pour commenter la nouvelle mesure, deux points de vue s’opposent. Celui de Pierre Lagache, vice-président de la Ligue contre les violences routières, salue l’initiative : «On n’est pas du tout étonné de cette décision parce qu’on dénonce depuis déjà plusieurs années le fait que l’usage du téléphone au volant devient un fléau sur la route», avance-t-il sur RMC.

Contre celui de Jean-Baptiste Josca, porte-parole de 40 millions d’automobilistes au micro de RTL : «vous allez avoir une suspension du permis de conduire de 6 mois pour une faute aussi légère entre guillemets. Je crois qu’il faut expliquer en quoi le téléphone portable peut-être dangereux plutôt que de réprimer».