La découverte d’une église et d’un temple du Ve siècle en Irak témoigne de la cohabitation entre chrétiens et zoroastriens
Les archéologues ont mis au jour un édifice religieux, susceptible d’appartenir à un large monastère, sur le site de Gird-î Kazhaw, à quelques pas d’un temple dédié au culte zoroastrien.
Passer la publicité Passer la publicitéLes chercheurs avaient laissé planer le mystère autour de ce riche complexe de bâtiments du Ve siècle découvert sur le site de Gird-î Kazhaw, dans le Kurdistan irakien, il y a une dizaine d’années. Longtemps, ils ont suggéré que les piliers carrés en pierre de taille retrouvés sur place appartenaient à une ancienne église catholique. Mais ce n’est qu’au début du mois de décembre qu’ils en ont eu le cœur net. Après de longues semaines d’examens, une équipe d’archéologues dirigée par Alexander Tamm et Dirk Wicke, de l’Université Goethe de Francfort, a confirmé cette hypothèse, identifiant des artefacts en tout genre et des architectures religieuses propres aux populations chrétiennes sur le site.
Ce complexe antique, inexploité par les chercheurs pendant plusieurs années, est en réalité une découverte majeure pour le pays. Selon l’étude publiée par l’institut Goethe à la suite des examens, il s’agirait de la première église retrouvée dans les alentours de Gird-î Kazhaw. Les analyses suggèrent même qu’elle pourrait faire partie d’un monastère plus large. Car les archéologues y ont découvert, à proximité, un monticule abritant une petite fortification sassanide, alors dédiée au culte zoroastrien, encore pratiqué par quelque 35 000 fidèles à travers le monde.
Cohabitation entre chrétiens et zoroastriens
Cette religion dominait l’empire perse avant l’arrivée des conquérants arabes, au milieu du VIIe siècle. Ces derniers ont imposé l’islam dans la quasi-totalité de l’empire perse quatre siècles plus tard. La mise au jour de cette église témoigne alors d’une cohabitation paisible et « surprenante », écrit l’institut, entre deux communautés de croyants différentes. « Si les deux bâtiments datent effectivement de la même période, cela suggérerait que les zoroastriens et les chrétiens vivaient côte à côte à cette époque », précise-t-il.
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Si les chercheurs accordent autant d’importance à cette cohabitation entre ces deux populations, c’est parce que les églises chrétiennes retrouvées en Perse, dans le nord de la Syrie ou de la Mésopotamie, sont rarement, voire jamais, implantées aussi proches des lieux de cultes zoroastriens. Les archéologues en ignorent pour l’instant les raisons. Ils expliquent être seulement au début de leur étude et annoncent vouloir « poursuivre » leurs examens en 2026 en se concentrant davantage « sur l’infrastructure économique, en utilisant des méthodes archéométriques, en particulier l’archéobotanique, la zoologie et l’anthropologie médico-légale ». « L’objectif est d’étudier à quoi ressemblait la vie à l’intérieur des murs fouillés », disent-ils.