Ukraine-France : Illia Zabarnyi, le "gentil géant" nouveau venu au PSG mais déjà taulier de sa sélection

Il est l'une des curiosités de ce début de saison. On l'a vu faire ses premiers pas avec le Paris Saint-Germain contre Nantes il y a trois semaines. Mais il n'a pas encore eu le temps de montrer l'étendue de son talent. Illia Zabarnyi sera au centre des regards, vendredi 5 septembre, sous les couleurs de l'Ukraine et face à l'équipe de France pour lancer la phase de qualification pour la Coupe du monde 2026. Il est attendu en charnière centrale pour contrecarrer les plans de Kylian Mbappé et du reste de l'attaque tricolore.

"C'est probablement le meilleur de la sélection actuellement. C'est un joueur clé", explique Andrew Todos, journaliste britanno-ukrainien spécialiste de l'actualité du foot en Ukraine. Illia Zabarnyi vient à peine de fêter ses 23 ans et il s'apprête déjà à disputer son 50e match international. Il était même le capitaine des jaune et bleu lors de leur dernière sortie, le 10 juin contre le Canada. "Il pourrait continuer à l'être, mais le n°1 reste Mykola Matvienko, son collègue de la défense centrale", détaille Andrew Todos.

"J'ai arrêté d'être gentil"

Face aux Bleus, vendredi, Illia Zabarnyi pourra constater tout le chemin parcouru depuis sa toute première sélection en équipe nationale à l'âge de 18 ans, au Stade de France, le 7 octobre 2020, conclue par une lourde défaite 7-1. Ce soir-là, l'équipe ukrainienne avait dû inscrire l'entraîneur des gardiens sur la feuille de match à cause de trop nombreux forfaits liés à la pandémie de Covid-19 et son épatante précocité – il était devenu le deuxième plus jeune joueur de l'histoire de l'Ukraine derrière son actuel sélectionneur Sergueï Rebrov – était complètement passée au second plan. Depuis, ses deux sorties suivantes face aux hommes de Didier Deschamps se sont mieux passées (1-1 à chaque fois, en 2021), mais la pression ne sera pas la même. 

Signe de l'importance prise par le joueur, c'est lui qui a accompagné Sergueï Rebrov en conférence de presse de veille de match. Peu loquace, il a brièvement fait part de son plaisir de porter les couleurs du Paris Saint-Germain, avec un compliment au passage pour le niveau du championnat de France : "bien supérieur à la D1 ukrainienne". Sur son visage, aucun rictus qui trahirait son appréhension d'affronter Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé, Michael Olise et le reste de l'attaque tricolore.

Ceux qui ont l'occasion de côtoyer le défenseur ukrainien le définissent comme une force tranquille. Depuis son arrivée à Paris, l'homme est assez discret, souriant. Ses premiers cours de français ont été programmés. Il ne dépasse pas du cadre et s'applique. "Parfois on ne réalise pas à quel point il est jeune. Il ne parle pas beaucoup, mais quand il le fait, vous écoutez et c'est pour dire quelque chose d'important", disait de lui Andoni Iraola, son coach à Bournemouth, dans les colonnes du Telegraph [article en anglais].

Souvent qualifié de "gentil géant" (1,89 m), Illia Zabarnyi a raconté, au journal britannique, qu'il a dû apprendre à être plus méchant sur le terrain : "Quand j'ai commencé à jouer, mon coach, Mircea Lucescu m'a dit : 'Tu dois être fort, tu dois faire peur'. Et j'ai arrêté d'être gentil". Un cap a été franchi la saison passée en Premier League. Il a terminé dans le Top 3 des défenseurs centraux ayant récupéré le plus de ballons (157) et de ceux ayant parcouru le plus de distance balle au pied (6,4 km), en plus de n'avoir commis aucune erreur menant à un but adverse en 36 matchs.

Ambassadeur de la cause ukrainienne

"C'est un joueur très intelligent, doté d'un QI assez élevé, sur le terrain mais aussi en dehors. C'est un peu un intellectuel. Il aime lire et je ne suis pas sûr que regarder des matchs de football soit ce qu'il préfère faire de son temps libre", rapporte Andrew Todos. On dit d'Illia Zabarnyi, grand fan de jeux vidéos, qu'il aurait pu faire carrière dans le gaming. Mais son attention ne se concentre pas uniquement sur des choses légères.

Illia Zabarnyi est impliqué et poste régulièrement des vidéos d'attaques russes sur le territoire ukrainien. Une story à la une "War" figure sur son profil Instagram sur laquelle on peut lire : "La Russie est un Etat terroriste". "Mon esprit est toujours tourné vers mon pays. Mon devoir, ma mission, est de traduire ce qui se passe dans mon pays. Il y a trois ans, j'étais dans un bunker", se justifie-t-il dans le Telegraph. C'est pourquoi son arrivée à Paris, au sein d'un effectif comprenant un joueur russe, le gardien Matvey Safonov, a soulevé un grand nombre de questions.

Illia Zabarnyi affiche sur son profil Instagram une story à la une avec comme légende "Russia is a terrorist state". (CAPTURE D'ECRAN / INSTAGRAM)
Illia Zabarnyi affiche sur son profil Instagram une story à la une avec comme légende "Russia is a terrorist state". (CAPTURE D'ECRAN / INSTAGRAM)

"D'après les médias ukrainiens, on s'attend à ce qu'il n'y ait pas vraiment de communication entre Zabarnyi et Safonov, rapporte Andrew Todos. Tout le monde sait que toute image positive de leur relation sera utilisée comme une arme de propagande par la Russie." Luis Enrique a bien tenté d'évacuer le sujet en conférence de presse, affirmant que "le sport et les personnes sont au-dessus des compromis politiques ou des intérêts économiques des politiciens", mais il est vite revenu sur la table.

Dans l'émission ukrainienne Football 360, Illia Zabarnyi a rappelé que, pour lui, "les Russes sont des agresseurs qui tentent en vain de détruire la liberté et l'indépendance de l'Ukraine". "La guerre continue, et je n'entretiens aucune relation avec les Russes (...). Quant à mon coéquipier, je dois interagir avec lui à un niveau professionnel à l'entraînement et je remplirai mes obligations envers le club", a-t-il poursuivi.

Vendredi, il affrontera d'autres coéquipiers qu'il côtoie au PSG : Ousmane Dembélé, Bradley Barcola, Lucas Chevalier ou encore Désiré Doué. Pour une soirée au moins, les complicités de club seront remisées au vestiaire. Sur la pelouse, Illia Zabarnyi n'aura qu'une mission : rappeler aux Bleus qu'il n'est plus ce gamin de 18 ans balayé au Stade de France, mais bien un roc que Paris et toute la France observent avec curiosité.