Les coulisses de la fabrication des casques de cavalerie, au cœur des ateliers de la Garde républicaine

Rouge et bleu, bordé de cannetille d’or, l’écusson représentant un casque de cavalier est probablement le plus rare de la Garde républicaine : ils ne sont que deux à le porter sur la manche de leur uniforme. Ce duo d’artisans a pour mission de veiller à l’entretien des coiffes d’apparat des quelque 450 cavaliers du régiment. Introduit en 1876, à l’occasion de la modernisation des armées françaises, le couvre-chef d’acier argenté était, à l’époque, l’un des plus modernes, confortables et robustes des forces européennes. La partie essentielle est la bombe de métal.

Avant toute intervention, l’adjudant Franck, l’ausculte. Au son produit par son marteau, il sait s’il doit amplifier la cadence ou modifier l’angle de frappe pour redresser une bosse ou faire disparaître une imperfection. « Parmi les plus de 500 casques en service, et un peu plus de 200 dans nos réserves, la grande majorité a été réalisée il y a environ un siècle. Si nous fabriquons toujours des casques neufs, environ une trentaine par an, nous devons aussi entretenir et restaurer les modèles anciens. Il faut environ quarante heures, avec de l’expérience, pour réaliser un casque complet. Nous pouvons tout faire sur place et nous bénéficions d’un équipement complet. Il a même été modernisé récemment et nous pouvons désormais réaliser la brasure à l’hydrogène », explique le responsable de l’atelier, incollable sur le moindre détail, qu’il s’agisse de la conception technique ou de la signification historique.

L’adjudant Franck est le gardien des savoir-faire de l’atelier des casques. Stéphane Michaux/ sdp
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Un patrimoine unique

La précision de ses gestes traduit l’expérience du sous-officier, ancien mécanicien dans le civil devenu armurier au sein de la Garde républicaine, puis casquier il y a plus de vingt-cinq ans. Entre ses mains expertes sont passées plus de mille crinières. Superbement élégante, noire pour les cavaliers et rouge pour les musiciens, sa réalisation suppose une dextérité particulière pour assembler manuellement les crins dans une épaisse pièce de cuir percée de 120 trous.

« Avec l’habitude, il faut environ quatre heures pour en réaliser une complète. Il est important de trouver le bon volume et la bonne longueur, en fonction du cavalier. En règle générale, la crinière mesure autour de 80 cm, mais chaque cavalier a ses habitudes et sa manière de ressentir le poids et le tombant. Le casque peut être porté durant plusieurs heures et s’il est trop pesant ou déséquilibré, il peut provoquer une douleur dans la nuque. Tout doit donc être parfaitement adapté au cavalier qui le porte, pas seulement la taille du tour de tête. Avec un peu d’expérience, il est possible d’ailleurs de jouer un peu avec la souplesse du métal pour ovaliser légèrement la bombe et l’adapter au mieux. »

Il faut près de 40 heures pour un casque. Stéphane Michaux/ sdp

La crinière avait jadis un rôle essentiel pour garantir d’éventuels coups de sabre dans les combats de cavalerie. À part durant la Première Guerre mondiale, et peut-être encore lors des terribles manifestations du 6 février 1934, lorsque des cavaliers sont envoyés pour rétablir l’ordre, cette fonction protectrice, tout comme celle du haut cimier de laiton doré à tête de Minerve, n’est plus guère de mise. Reste le panache évident de cette pièce d’équipement aussi complémentaire de la tenue que la tunique bleue à sept boutons, avec des revers rouges, ou la buffleterie blanche comprenant banderole, crispins de manche et ceinturon avec la plaque aux armes de la Ville de Paris.

Entretenues, restaurées, certaines selles d’armes sont centenaires. sdp

Si les bottes des cavaliers de la Garde républicaine sont toujours réalisées de main de maître par des artisans de la manufacture J.M. Weston à Limoges, l’ensemble des éléments de cuir, tout comme les selles d’armes et le harnachement des chevaux, sont réalisés de manière traditionnelle et à la main par les huit artisans des ateliers situés au cœur de la caserne Vérines à Paris. Placés sous l’autorité bienveillante et savante du major Simon Wagner, ils ont aussi à cœur d’entretenir et de restaurer un vaste patrimoine équestre. Atypique, cette unité a reçu, dans son ensemble, la médaille de meilleur ouvrier de France et contribue à la préservation et à la transmission de métiers devenus rares.

Des artisans gendarmes d’élite

Un savoir que le major Wagner, très engagé pour la formation, partage aussi volontiers avec les plus belles entreprises françaises du secteur de la maroquinerie. Mais le temps ne s’est pas complètement arrêté dans le vaste casernement établi depuis le XIXe siècle en bordure de la place de la République. Tandis que les assises de cuir des selles sont formées à l’aide d’une presse ancienne, venant des ateliers de la Monnaie de Paris et désormais unique en son genre, des prototypages sont réalisés sur une machine à commande numérique flambant neuve.

Le Shako en drap de laine et cuir verni. sdp
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C’est en mariant savoir-faire ancestraux et techniques contemporaines que ce service très parti culier a pu faire évoluer en douceur et de manière invi sible la coiffe du shako traditionnel des soldats des régiments d’infanterie, mais aussi concevoir et réaliser des équipements spécifiques aux missions quotidiennes de l’unité, y compris des harnais équestres pour les interventions de sécurité, du matériel pour le saut en parachute et les escalades en montagne ou des gilets pare-balles. « L’excellence des gestes de nos artisans est la même que celle que la Garde républicaine cherche à perpétuer dans toutes ses missions, notamment ses engagements opérationnels dans l’Hexagone et outre-mer », sou ligne le général François-Xavier Lesueur, commandant la Garde républicaine. Car pour être fourbisseurs de sabres, casquiers, maréchaux-ferrants ou encore selliers-harnacheurs ou tailleurs-modélistes, ces artisans de haut vol n’en sont pas moins des gendarmes d’élite.

Parfaitement entraînés, comme l’ensemble des 3 400 militaires qui composent les effectifs de la Garde républicaine, ils peuvent être appelés à des missions de sécurité et de maintien de l’ordre, de prévention routière, de police ou même d’intervention contre des criminels dangereux, partout sur le territoire.

La bombe en acier nickelé est l’une des pièces les plus complexes à réaliser. Stéphane Michaux/ sdp

Si elles sont moins connues ou moins visibles que les parades, les escortes des cérémonies ou les gardes de prestige des palais nationaux et des assemblées parlementaires, elles restent au cœur des engagements des deux régiments d’infanterie, des motocyclistes, des unités d’intervention spéciale et des escadrons du régiment de cavalerie. Mais pour l’heure, la mission essentielle que s’est assignée l’adjudant Franck consiste à transmettre son érudition et ses astuces à son second. Très doué, le jeune homme perpétue déjà à son tour cet art unique de composer un casque, du martellement de la bombe à la pose du plumet, en passant par l’ajustage du bandeau, le polissage du cimier ou la pose méticuleuse des agrafes des écailles de la jugulaire. Une science du beau geste que le public pourra découvrir lors des prochaines Journées européennes des métiers d’art ou deviner lors du défilé du 14 juillet.