Depardieu en calèche, dépannage en hélico et escorte du GIGN : les perles des voituriers d’hôtels de luxe

Ah le métier de voiturier, le même qui permet à François Pignon dans le film «La doublure» de devenir le petit ami de la mannequin la plus connue du pays. C’est une profession de l’ombre, teintée de mystères et de secret. Ils conduisent les plus beaux bolides, doivent répondre aux demandes les plus folles des clients.

Le Figaro est allé recueillir auprès de véritables voituriers d’hôtels prestigieux, à Paris et ailleurs, des anecdotes insolites. Ils racontent ces fois où, durant un instant, ils se sont crus dans un film.

Franck Peyron, du Relais & Châteaux Baumanière

Le sud est toujours la destination rêvée pour les gens fortunés. Le domaine de Baumanière, un hôtel de luxe situé à proximité du village médiéval des Baux-de-Provence affiche 5 étoiles. D’Élisabeth II à Jean Reno, de Hugh Grant à Gérard Depardieu, l’hôtel a vu passer des sacrés personnages. Ce qui a mené Franck Peyron à dépasser parfois ses fonctions de voituriers...

Dépannage express en hélicoptère

« En 2015, le jour où un client au volant d’une Bugatti Veyron avait crevé un pneu. C’était un patron du CAC 40, mais bien sûr je tairai son nom. Il n’avait pas le temps, et un repas d’affaires à honorer...Le monsieur me demande donc d’appeler son assistance.

Jusqu’ici tout est normal. J’ai commencé à me douter de quelque chose quant au téléphone l’assurance me dit, qu’ils venaient depuis Monaco (à trois heures de route) et qu’ils seraient là dans 45 minutes. Et là, je vois débarquer un hélicoptère de location, deux mecs en sortent et en trente minutes les pneus de la voiture étaient changés.

Les «bourrins» de Gérard Depardieu

«Dans les années 2000, nous avons accueilli Gérard Depardieu dans le domaine. Il est tout simplement venu en calèche. Il voulait payer un Pastis au gars qui conduisait les chevaux et il m’a demandé gentiment : Eh ! Vous vous y connaissez en bourrins?” Je me serais cru au 19e siècle. Je me suis exécuté, j’ai tiré les chevaux pour aller les mettre à l’ombre, le temps qu’il offre son verre au cocher».

Trajet escorté par le GIGN

Accueillir un homme d’État, c’est aussi une sacrée expérience. En 2008, Jacques Chirac est venu nous rendre visite. Mais au moment du départ, il avait plus de bagages que prévu. Sa sécurité m’a demandé si je pouvais les accompagner à l’aéroport, ça tombait bien, on avait une Peugeot 607 identique aux voitures de son cortège. Là encore je me suis exécuté, et me voilà à rouler fort sur l’autoroute, escorté par le GIGN».

Laurent Boutin, voiturier au Bristol Paris

Avec ses deux restaurants étoilés au Michelin, sa piscine panoramique au 6ème étage, son jardin extérieur de 1200m2 , le Bristol est une véritable institution du luxe parisien, dans laquelle Laurent Boutin est voiturier depuis 20 ans. Des gens célèbres faire «des choses que l’on raconterait dans les journaux j’en ai vu, mais ma discrétion m’oblige à les passer sous silence», le reste «c’est surtout des emmerdes». Parfois très drôles.

Il y a eu de la casse

«Il se passe souvent des choses la nuit. Il y a quelques années, un client anglais avait garé sa voiture devant l’hôtel, au bout de la nuit, vers 6 heures du matin. Une belle Bentley. Mais une heure après, un mec alcoolisé en Clio a défoncé sa carrosserie. La police est venue faire le constat, quand on lui a annoncé, c’était une caricature du flegme anglais. Ah vous avez une voiture à me prêter ? Oui, bon tout va bien alors.”

Une autre fois, c’est un employé municipal de la Ville de Paris, qui s’est endormi à bord de la camionnette. Il avait quand même arraché les portières de trois quatre voitures. Dans le lot, il y avait une Porsche 911».

Bastien, voiturier au domaine des Crayères à Reims

Le Domaine des crayères à Reims est un établissement cinq étoiles, niché sur un parc de sept hectares. Un lieu de passage privilégié, «pour de riches clients anglais qui se rendent dans le sud de la France», raconte Bastien, voiturier du domaine. Dans le métier depuis seulement un an, il a déjà vécu «les extravagances» de la profession.

Cadeaux horlogers

«Je venais de débuter dans la profession, il y a quelque mois, et pour planter le décor, un client m’a demandé de récupérer un cadeau sur la plage arrière de sa voiture. Je m’exécute. C’était une boîte avec le sigle Audemars Piguet. J’étais quand même impressionné. Quand il a distribué les cadeaux, j’ai pu finalement admirer ces deux belles montres à 6 chiffres (le prix, NDLR): une pour sa fille et une pour sa femme.»

L’habit ne fait pas le moine

Parfois, il y a des clients très riches, qui ont un style vestimentaire tout à fait banal, voire négligé. J’ai vu débarquer un anglais à bord d’une McLaren Elva à 1,5 million d’euros. Vous l’auriez vu... Dans la rue, je lui aurai donné une pièce. Il était en polo débrayé, un short miteux et des sortes de babouche aux pieds.»

À chacun sa Lamborghini

Il faut surtout que je vous raconte l’aventure d’un couple qui, en mars dernier, est venu à bord de deux Lamborghini, une verte, une jaune, mais avec le même modèle (voir photo). Pour plaisanter je leur dis : alors chacun la sienne ?” Ils me répondent simplement que oui, pour Pâques ils ont choisi des couleurs assorties».

Les deux Lamborghini. Domaine des Crayères Reims