Ce jeudi, au quatrième jour de son procès pour l’assassinat de Chahinez Daoud, sa femme brûlée vive à Mérignac le 4 mai 2021, Mounir B. a été déclaré «conscient» de son crime orchestré après «un délire paranoïaque» par deux experts. «Le passage à l'acte était tellement organisé que Mounir B. était conscient de ce qu'il a réalisé», explique ainsi l’un d’eux, médecin psychiatre.
Face aux assises de la Gironde, l'expert a détaillé la vie de l'accusé, âgé de 48 ans, telle qu’elle était perçue par cette personnalité «paranoïaque» aux «traits narcissiques». Pour la première fois, l’accusé qui ne cille pas depuis le début de son procès lundi, a fondu en larmes au récit de sa vie. Très vite après sa rencontre avec Chahinez Daoud qu’il a épousée en 2015, ce maçon algérien, naturalisé après un premier mariage suivi d’un divorce, s’était persuadé que celle-ci avait «un plan» pour le «manipuler». Lui, «susceptible», «froid» et «rancunier» d’après les experts, s’érige aussi en «protecteur» de la victime, dont il estime qu’elle lui doit notamment l’immigration en France de ses enfants, nés d'une première union en Algérie.
Il n’empêche depuis que Chahinez Daoud s’était absentée quelques jours en 2017, Mounir B. accumulait les indices pour se conforter dans la certitude de son infidélité - dont les enquêteurs n’ont trouvé aucune preuve au cours de l’instruction. Une photographie banale sur Facebook, une cigarette manquante dans un paquet, une mycose vaginale : le moindre événement était interprété «comme une preuve». Selon le psychiatre, l'accusé avait progressivement développé un «délire paranoïaque», «une maladie» et «une pathologie psychotique» qui consiste à élaborer une réflexion «structurée» à partir «d'interprétations erronées». À ses yeux, «Chahinez est devenue la cause de tous ses maux», a complété l'autre expert, psychologue clinicien.
«Lui faire la peur de sa vie»
Durant l'instruction, Mounir B. a toujours nié l'intention de tuer sa femme, expliquant qu'il voulait «lui faire la peur de sa vie» afin qu'elle «demande pardon» pour son infidélité. «Son but, c'est contrôler son environnement. Voir Chahinez s'émanciper, sourire, ça confirmait (pour lui) qu'elle avait un amant (...) Il voulait qu'elle dise pardon pour restaurer son narcissisme», a expliqué le psychologue. D'une intelligence «normale», l'accusé est responsable pénalement, ont conclu les deux experts, estimant que sa paranoïa sera «extrêmement compliquée à soigner».
«Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il y a un trouble psychiatrique qui a malheureusement conduit à ce passage à l’acte», a rebondi Me Elena Badescu, qui défend Mounir B., après le témoignage des deux experts. «On a rarement vu des experts converger à ce point» sur la notion de «dangerosité» de l’accusé, a rétorqué l’avocat de la famille de Chahinez Daoud, Me Julien Plouton. L'accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité, réduite à 30 ans si l'altération de son discernement au moment des faits est retenue. Verdict vendredi.