Il a troqué sa coiffe de plumes pour un costume-cravate, de rigueur dans la grisaille londonienne, mais pas son sourire, heureux de répondre aux questions de l’Humanité. Car même exilé, Benny Wenda crie dans le silence, se bat face à l’indifférence. Le président par intérim de la Papouasie occidentale, la moitié de l’île qui est occupée par l’Indonésie, a passé des décennies à dénoncer les exactions subies par son peuple et l’omerta orchestrée par Jakarta. Depuis 1969 et un « acte de libre choix » qui ne leur en laissait aucun, entre 150 000 et 500 000 habitants ont été tués par l’armée indonésienne, coutumière des bains de sang et autres purges anticommunistes. L’élection en février 2024 du général et criminel de guerre Prabowo Subianto n’arrange rien. Dans le maquis, les groupes armés continuent de lutter, et Benny Wenda compte sur la communauté internationale pour lever le tabou papou.
Quelle est la situation actuelle en Papouasie occidentale ?
Ces dernières années ont été assez difficiles. Il faut que vous sachiez que depuis 2018 et jusqu’à aujourd’hui, l’Indonésie conduit des opérations militaires fréquentes en Papouasie occidentale, qui demeure un territoire occupé, où plus de 500 000 hommes, femmes et enfants ont été tués par l’armée indonésienne depuis les années 1960. Nous ne comptons plus les sévices que nous subissons à cause de notre isolement dans la région Asie-Pacifique. Le racisme, l’écocide, le génocide, nous les vivons encore actuellement.
Entre 60 000 et 100 000 personnes sont devenues des déplacées internes, par exemple dans les villages d’Intan Jaya (au centre), de Maybrat (à l’ouest), d’Oksibil (à la frontière de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, N.D.L.R.), et beaucoup d’autres. La plupart du temps, les enfants ne vont pas à l’école, puisque les bâtiments scolaires sont utilisés par l’armée indonésienne. Nos églises sont brûlées. Nos pasteurs se font assassiner. En Papouasie occidentale, 95 % des habitants sont chrétiens, une proportion qui est due à la colonisation européenne. C’est pourquoi l’Indonésie voit les Papous de cette façon : parce que nous sommes Noirs, chrétiens, en un mot différents.