« Un chasseur de lumières dans un monde de ténèbres »: Sebastião Salgado commente ses images iconiques
La disparition du photographe brésilien intervient alors que les Franciscaines de Deauville lui consacrent une rétrospective exceptionnelle. Pour Le Figaro Magazine, ce géant du noir et blanc commentait quelques-unes de ses images iconiques.
Passer la publicité Passer la publicitéSebastião Salgado, connu pour ses grandes photos en noir et blanc, est mort à 81 ans à Paris, a annoncé vendredi l’Académie des Beaux-Arts française, dont il était membre. Sa disparition intervient alors qu’une grande exposition lui est dédiée aux Franciscaines de Deauville. À l’occasion de laquelle, Le Figaro Magazine avait sollicité cet infatigable bourlingueur pour commenter certaines des photos exposées.
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Sebastião Salgado est un chasseur de lumière dans un monde de ténèbres. » Le président brésilien, Lula da Silva, a trouvé les mots justes pour résumer les 50 ans de carrière de cet infatigable témoin de nos sociétés en mouvement. Rien ne prédestinait pourtant à la photographie cet économiste de formation.
Quand il quitte son Brésil natal sous la coupe d’une dictature militaire en 1969, il se réfugie en France avec sa femme Lélia et cherche un moyen pour servir la cause des populations les plus fragiles, celles qui subissent les conflits et la pauvreté. Il choisit son arme, un appareil photo et s’oriente, à ses débuts, vers des sujets sociaux, comprenant que l’image a le pouvoir de changer notre regard sur le monde
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Condensé des dérives tragiques de notre époque
Les projets s’enchaînent et son style, si particulier, s’affine, avec des clichés puissants et contrastés, en noir et blanc, dans une écriture à la fois documentaire et poétique. Année après année, de voyages en succès, il compose une œuvre unique faite d’icônes intemporelles, un véritable condensé des dérives tragiques de notre époque, tant humaines qu’environnementales. De 1977 à 1984, il parcourt l’Amérique latine, visitant les villages de montagne les plus inaccessibles, célébrant les cultures indigènes et paysannes.
Puis il comprend que le monde industriel vit ses dernières heures de gloire : La Main de l’homme le mène dans 26 pays, où il s’attache à décrypter les derniers acteurs du travail manuel, des mines d’or dantesques de la Sierra Pelada aux usines sidérurgiques de l’URSS. Les vastes mouvements migratoires bousculent les équilibres de notre planète ? Il se lance avec Exodes, principalement en Afrique, dans l’examen minutieux des rouages qui entraînent des populations entières à fuir les campagnes pour la ville, ou leur pays déshérité pour un eldorado utopique.
Mais cette humanité sombre, dénuée d’espoir, le bouleverse, l’étouffe. Il cherche la lumière, ces matins du monde baignés de pureté. Avec Genesis, il rend hommage à la beauté de notre terre, aux territoires vierges et à la faune sauvage à l’écart de nos civilisations destructrices de la biodiversité. Enfin, c’est le temps du retour aux sources, avec son dernier travail sur l’Amazonie, une célébration des peuples autochtones, derniers gardiens de nos ressources naturelles. Découvrir aux Franciscaines de Deauville cette majestueuse rétrospective, c’est remonter un peu le temps et surtout s’interroger sur la fragilité d’une terre si belle et sur tout ce que nous risquons de perdre.
« Sebastião Salgado », Franciscaines de Deauville, avec des tirages photographiques émanant de la collection de la MEP (Maison européenne de la photographie). Jusqu’au 1er juin (Lesfranciscaines.fr).