Indonésie : la Brimob et ses méthodes brutales aux racines de la colère des manifestants

Après la mort d’un chauffeur de taxi-moto écrasé par une voiture de la Brimob, une unité de police réputée pour sa brutalité et accusée régulièrement de tuer des civils, des manifestations ont éclaté dans tout le pays. Les sept officiers, présents dans la camionnette, ont été arrêtés pour avoir violé le code d’éthique. Le président Prabowo Subianto a promis une enquête « transparente ».

« La Brimob est en réalité une force de police militaire dotée de son propre armement lourd. Historiquement utilisée pour lutter contre les mouvements armés, elle est plus souvent chargée, depuis une dizaine d’années, de lutter contre les manifestations de rue », a expliqué à l’AFP Andreas Harsono de Human Rights Watch. L’unité a donc « souvent fait usage d’une force excessive lors de manifestations de rue, initialement dans des endroits comme la Papouasie occidentale, mais récemment aussi à Jakarta et dans d’autres zones urbaines », a-t-il ajouté.

« Tuer ou être tué »

La Brimob trouve son origine à l’époque coloniale japonaise, durant la Deuxième Guerre mondiale, lorsqu’elle a été créée comme force de police spéciale, avant d’être transformée en unité paramilitaire après l’indépendance (1949), utilisée pour réprimer les rébellions internes.

Depuis lors, elle a combattu des groupes islamistes radicaux et participé à la lutte contre les séparatistes en Papouasie, à Aceh et au Timor oriental. Depuis l’élection du président Joko Widodo en 2014, puis l’arrivée au pouvoir en octobre dernier de Prabowo Subianto, son ex-ministre de la Défense, la police nationale a bénéficié de fonds importants pour se militariser.

Pour des ONG, la Brimob a depuis lors été utilisée pour réprimer les opposants et défendre des intérêts financiers tels que ceux des grandes plantations ainsi que les mines.

Les agents de la Brimob « sont impliqués dans plusieurs grandes manifestations de masse pour assurer le contrôle des foules », a déclaré Dimas Bagus Arya, de l’organisation de défense des droits de l’homme KontraS. « Ils ont le même credo que les militaires : tuer ou être tué ».

La Brimob, a-t-il ajouté, a été déployée en Papouasie, où une insurrection de faible intensité gronde toujours, dans le cadre d’opérations conjointes avec l’armée, dans lesquelles Prabowo a servi comme commandant des forces spéciales à la fin des années 90. Contactée par l’AFP, la police nationale n’a pas réagi dans l’immédiat.

Si les manifestations ont débuté lundi 25 août pour dénoncer des conditions économiques jugées mauvaises, une colère profonde contre la police apparaît. Samedi soir, le quartier général de la police a été incendié à Surabaya (est de Java).

Le massacre du stade de Malang dans toutes les têtes

Cette colère est également la résultante de plusieurs graves incidents, impliquant la police, mais pour lesquels très peu de responsables ont dû rendre des comptes. En 2022, une bousculade dans un stade de la ville de Malang (Java), avait fait plus de 130 morts, l’une des pires catastrophes de l’histoire du football. La police avait fait usage de gaz lacrymogène après l’invasion du terrain par des spectateurs. Seuls quelques officiers ont été arrêtés et tous ont été condamnés à des peines légères.

En 2019, au moins 10 manifestants ont été tués lors d’émeutes post-électorales, la plupart par balle. Aucune décision de justice n’a été rendue, selon des groupes de défense des droits humains.

« Ce n’est pas seulement parce qu’un conducteur (de moto-taxi) a été écrasé (jeudi), mais c’est l’accumulation de tous les problèmes de la police », a déclaré à l’AFP Ardi Manto Adiputra, directeur de l’organisation de défense des droits de l’homme Imparsial, pour expliquer ces mouvements.

« La première chose que le président et le gouvernement doivent aborder est l’élaboration d’une feuille de route pour la réforme de la police », estime M. Ardi. « Sans cela, la population sera toujours déçue et gardera un sentiment de vengeance envers la police ».

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