En Turquie, le bilan s'est encore alourdi, mercredi 26 novembre 2025, avec la condamnation de l'une des figures les plus connues du journalisme turc. Fatih Altayli, présentateur de télévision, de 63 ans, a été condamné à plus de 4 ans de prison ferme pour "menaces contre le président". C'est la plus lourde peine prononcée contre un journaliste ces dernières années. Une vingtaine d'entre eux a été incarcérée en 2024.
L'affaire commence il y a près de 6 mois, sur la chaîne YouTube de Fatih Altayli, dernier refuge de cette star du petit écran, contraint de quitter les médias nationaux, peu à peu rachetés par des groupes de presse proches du pouvoir : 85% des médias sont aujourd'hui aux mains des autorités. En juin 2025, devant 1,7 million d'abonnés, le journaliste, interrogé sur un sondage indiquant que 70 % des Turcs s'opposeraient à une éventuelle présidence à vie de Recep Tayyip Erdogan, répond : "Regardez le passé. Nombre de sultans ottomans ont été victimes de complot, étranglés, assassinés." Deux jours plus tard, le journaliste, qui a beau nier toute intention menaçante, est arrêté et mis en prison.
Un message "d'intimidation", "antidémocratique", dénonce Reporters Sans Frontières pour qui la Turquie est 159e sur 180 dans son classement de la liberté de la presse entre le Pakistan et le Venezuela.
Faire taire la critique
Les journalistes sont loin d'être les seuls visés. C'est une chape de plomb qui s'abat sur le pays depuis des années. Tout le monde y passe. Les condamnations se chiffrent par centaines. Étudiants, manifestants, ONG, et bien sûr les élus de l'opposition. Avec le plus emblématique d'entre eux, Ekrem Imamoglu, le maire d'Istanbul, considéré par la justice comme étant à la tête d'une organisation criminelle, poursuivi pour 142 infractions et risquant jusqu'à 2 430 années de prison.
Soigner son image
C'est dans ce contexte qu'arrive le pape Léon XIV. Cette visite va permettre au président turc Erdogan de soigner encore son image à l'international. La Turquie est devenue, ces derniers mois, incontournable sur l'échiquier mondial. Capable de parler au Hamas, aux Russes, aux Ukrainiens. En octobre 2024, le Premier ministre britannique Kir Starmer, et le chancelier allemand Friedrich Merz se sont rendus sur place. Mais à chaque fois, pas un mot sur les droits de l'Homme.
En attendant, sur la chaîne YouTube du journaliste Fatih Altayli, une caméra filme un fauteuil, son fauteuil, désespérément vide.