Des propos de Sébastien Delogu créent une nouvelle fois la polémique. Le député LFI et candidat à l’élection municipale de Marseille s’est exprimé lors d’un meeting qui s’est tenu en Seine-Saint-Denis. L’élu des Bouches-du-Rhône s’était déplacé pour soutenir la candidature de Bally Bagayoko, la tête de liste commune entre La France insoumise et le Parti communiste, pour la mairie de la nouvelle ville de Saint-Denis-Pierrefitte - née d’une fusion entre ces deux villes de la banlieue parisienne le 1er janvier 2025.
Dans son discours, Sébastien Delogu a tenu à mettre en avant l’«opportunité» que représente la candidature de son collègue «racisé». «Saint-Denis et Pierrefitte ont été des terres où beaucoup d’immigrés et de racisés sont passés. Et vous avez aujourd’hui une opportunité en or qu’enfin un racisé dirige ces deux villes et fasse en sort que le réel peuple de France reprenne le pouvoir ici. Et je vous le dis franchement, vous êtes observés à travers tout le pays. (...) Moi qui suis de Marseille, on vous a toujours regardé parce que c’était une terre communiste et maintenant ce sera une terre communiste mais surtout insoumise», a-t-il déclaré sous les applaudissements.
«Élire des élus en fonction de leur couleur de peau»
Un extrait de sa prise de parole filmée a été partagé sur X le 28 décembre par Bally Bagayoko, qui affrontera le maire sortant Mathieu Hanotin (PS) en mars prochain. Son post a entraîné de vives réactions sur les réseaux sociaux, à l’instar de celle de l’eurodéputé de la droite nationaliste, Matthieu Valet, qui a dénoncé l’appel de Sébastien Delogu «à élire des élus en fonction de leur couleur de peau». «Pour (lui), le seul “bon” maire à Saint-Denis et Pierrefitte serait un maire “racisé” censé bien représenter le “réel peuple de France”», s’est-il indigné, ajoutant que «ces gens sont dangereux pour la France».
Bally Bagayoko lui a répondu en affirmant que les propos de Sébastien Delogu avaient été déformés : «Vous avez tort de réduire sa pensée.» Le candidat à la mairie de Saint-Denis-Pierrefitte pointe un «niveau zéro du raisonnement raciste» de la part de Matthieu Valet. Pour lui, «Sébastien Delogu rappelle une vérité incontestable : “racisé” rime aussi avec compétence, expérience. C’est aussi tout cela que Sébastien met en avant… Il a raison».
«Polémique d’extrême droite»
La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a elle aussi réagi sur X le 29 décembre où elle s’est dite «profondément choquée». «On en arrive à expliquer qu’il faudrait voter en fonction de la couleur de peau. À se féliciter d’avoir des candidats racisés. À laisser entendre que certains Français compteraient moins que d’autres. Les idées et les projets disparaissent, l’engagement aussi ; il ne reste plus que l’origine, érigée en argument politique», s’est-elle insurgée. Et de déplorer : «C’est une pente grave et dangereuse qui consiste à vouloir faire de la France un grand champ de bataille communautaire et qui installe une logique de tri destructrice.»
Cette fois, c’est le coordinateur de la France insoumise Manuel Bompard qui s’est chargé de lui répondre, accusant la ministre de relayer «une polémique de l’extrême droite», ce qui est, selon lui, «profondément inquiétant et malvenu». «Qu’y a t’il de problématique à dire qu’il est essentiel pour la démocratie que les élu.e.s soient davantage représentatif de la population ? Qu’y a t’il d’inquiétant à agir pour qu’il y’ait davantage de femmes, d’ouvriers et d’employés, de personnes racisées ou de jeunes parmi les maires de France ? Ne comprenez-vous pas que ce déficit de représentativité est une des raisons de la fracture entre le peuple et sa représentation politique ?», s’est-il emporté dans un message posté sur X.
Des propos «sortis de leur contexte»
S’en est alors suivi un échange de commentaires entre les deux représentants politiques. Naïma Moutchou a d’abord estimé que le discours de l’élu LFI «sonne creux» avant d’affirmer que son camp «n’a rien de représentatif». La France insoumise «tourne en vase clos, recycle toujours les mêmes profils, les mêmes codes, le même entre-soi, loin de la réalité des quartiers qu’il prétend défendre. Vos propres militants s’en plaignent dans le Val-d’Oise», a-t-elle insisté.
Des affirmations ensuite contestées par Manuel Bompard qui a assuré que «LFI a permis d’améliorer (légèrement) la représentativité de l’Assemblée Nationale». «Il y a encore beaucoup de chemin à faire. On peut tous faire mieux et chaque force politique doit s’y astreindre. Pourquoi dénoncer ceux qui y travaillent plutôt que ceux qui engagent ou soutiennent des campagnes de harcèlement raciste ?», a-t-il poursuivi, clôturant le débat en ligne.
Un discours repris par Bally Bagayoko, interrogé par Le Parisien . «Ce qu’a dit Sébastien est cohérent par rapport à ce que porte LFI depuis le départ et que beaucoup de formations politiques y compris de gauche ne portent pas (...) La question est d’avoir une offre politique qui soit une image de l’ensemble de la France», a-t-il jugé. Le candidat a, là encore, déclaré que les propos de Sébastien Delogu avaient été «sortis de leur contexte». Et d’ajouter : «En aucun cas il ne dit “Venez voter pour Bally parce que c’est un black”.»